LIV. I, CHAP. III. IO
tait feul, c’était le plus gravement atteint; du même coup il avait perdu Anne de Bretagne, qu’il regardait comme fa femme légitime ; fa fille avait été privée de fon mari : il fut contraint de fe contenter, pour toute réparation de cette double offenfe, de rentrer en polfeffion des deux belles provinces, l’Artois & la Bourgogne, que la princelfe fa fille avait reçues en dot. Quant à Marguerite, après un féjour de douze ans révolus à la cour, où elle vivait en future reine de France, elle fut renvoyée à fon père . Le 1 2 juin de l’année 1492, elle reprit le chemin de l’Autriche. Charles VIII eut foin qu’elle fût traitée avec beaucoup d’égards , Anne de Bretagne, elle -même, lui montra une grande fympathie, & chercha tous les moyens de lui faire oublier l’affront qu’elle elfuyait. Au moment du départ de Marguerite, elle fit confectionner par la plus habile d’entre fes filles d’honneur, Jeanne de Jambes, dame de Beaumont, une bordure d'habillement de tête , pour l’offrir à la princeffe avec d’autres bijoux en or, le tout pefant la fomme affez forte de quatre cent cinquante livres (1).
(1) Voir mes Appendices, n° 2, Extraits des Comptes , § 1 V, Objets divers.
Les feigneurs français attachés depuis douze ans à la perfonne de Marguerite l’accompagnèrent dans fon voyage 5 ils fe montraient tous affligés du fort qui lui était réfervé. La petite princeflfe était calme ; mais elle emporta contre la France un reflentiment qui ne devait jamais s’apaifer. A fon paflage dans la ville d’Arras., les bourgeois fe mirent à crier îN^oël, Ü^Qoël! exclamation toute françaife qui impatienta Marguerite ; elle leur dit: Ne criez pas mais
bien., vive Bourgogne (1) ! Du refie Marguerite., devenue gouvernante des Pays- Bas 3 témoigna plufieurs fois beaucoup d’égards & de bienveillance à la reine. Quand Anne de Bretagne eut époufé Louis X 1 1 ^ elle redoubla pour elle de prévenances. Celle-ci cherchait toutes les occalions poflibles de les lui rendre : les pièces diplomatiques de cette époque font remplies de gracieuletés échangées entre les deux princeffes (2).
Comment fe fait-il que Charles VIII triom-
(1) Le Glay, Correfpondance de Maximilien & de Marguerite d’Autriche , &c,, 1845", in-°, 2 vol., t. II, p. 42^.
(2) Lettres du roi Louis XII, &c., 8cc Bruxelles, 1712, in-12, 4 volumes, t. II, p. f6, t. IV, pp. 186, 191 , &c.