‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 32 sur 87 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

üfaiffance du dauphin Charles-Orland; cérémonie de fon baptême. — Anne de *. Bretagne à Lyon , pendant l’expédition d’Italie. -—Mort du dauphin. — NaiJJance & mort prématurée des autres enfants d’oAnne de Bretagne & de Çliarles VIII ; leur tombeau dans la cathédrale de Tours. — Mort fubite de Charles VIII; douleur de la reine. — Soins quelle apporte à fon deuil & à la célébration des funérailles du roi défunt.

E N D A N T les premières années qui fuivirent leur mariage, Anne de Bre-

tagne & Charles V 1 1 1 ne fe quittèrent

pas; ils habitaient le château de Pleffis-lès-Tours, ou le château d’Amboife, qui avaient été l’un & l’autre augmentés & richement meublés. Quand les affaires de l’Etat obligeaient le roi à faire quelque voyage, fa femme l’accompagnait, ou venait le rejoindre dans les villes où il devait s’arrêter. Une fi jeune époufe, deflinée à devenir mère , avait befoin de toutes fortes de ménagements ; auffi marchait-elle à petites journées. Bien fouvent elle fe faifait tranfporter

par eau. Le 8 janvier 1492, elle était venue de la forte., depuis Melun jufqu’à Paris, dans fon bateau , en compagnie du feigneur de la Trémoille <5c de quelques autres 5 pour palfer le temps , elle avait joué cinquante écuz d’or au flux (1).

Le 10 octobre 1492, onze mois après la cérémonie des époufailles, Anne de Bretagne, étant au château de Pleffis, accoucha d’un fils dont la naiffance caufa une joie très-vive en France & en Bretagne. Elle comptait à peine quinze ans ; auffi j des précautions de toute nature avaient été prifes pour l’heureufe fin de fes premières couches. Des meubles, du linge, de la vaiffelle, des approvifionnements de toute nature avaient été dirigés vers le château de PlefTis. Arnoul de Viviers, habile orfèvre qui faifait partie de la maifon de l’ex-régente, la dame de Beaujeu, avait été envoyé de Moulins à Paris, de Paris à Tours, afin d z fabriquer certaine vaiffelle & autres chofes d'or , qui devaient fervir en cette occafion (2).

(1) Voir mes Appendices, n° 2, Extraits des Comptes, § V, n° 3. Objets divers, an. 1492.

(2) Idem, Extraits des Comptes, S III, n 4. VaiJJelle d’or & d’argent.

L 1 V. I, CHAP. IV. I I y

Le roi, heureux 6c fier de cette naifTance, sempreiïa d’écrire aux gens des cours fouveraines une lettre ainfi conçue : « Nos amez 6c u féaux, grâces à Dieu 6c à Notre-Dame, en- « viron quatre heures du matin, noflre très ce chère 6c très amée compagne, la ‘Reyne, eft « accouchée d’un beau fils, de la quelle chofe « vous avons bien voulu vous avertir en dili- « gence, comme nos bons ferviteurs, les quels ce connaiflons en eftre très joyeux, 6cc. (i). »

Quelques jours après, le 1 3 octobre, le baptême du dauphin eut lieu, avec tout le cérémonial 6c la pompe ordinaires, dans la chapelle du château. Les ducs de Bourbon 6c d’Orléans, Les pareins , y furent, tout vêtus de drap d’or, ainfi que la reine de Sicile, Jeanne de Laval, veuve de René d’Anjou, qui était fa marraine. Le duc de Nemours portait le cierge, le comte de Foix, lafalière d’or, le duc de Vendôme, l’aiguière, l’Infant d’Efpagne , oncle de l’accouchée , le bafïïn 6c la ferviette. Jean de Châlons, prince d’Orange, nu- tête, vêtu d’une longue robe de drap d’or, portait le nouveau-né. Madame

(1) Godefroy, Historiens de Charles VIII , — Oh fer vations, &c., — p. 637.

l’Amirale, veuve de Louis , bâtard de Bourbon^ portait le Saint- Chrême dans un vafe orné de pierreries de la plus grande valeur. Les duchelles de Bourbon & d’Orléans marchaient derrière la reine de Sicile 5 elles étaient fuivies des feigneurs & des dames de la cour. Les archers de la garde <3c les officiers de la maifon, au nombre de cinq cents, portaient des torches. Tel fut le pompeux cortège qui vint trouver le roi, qui attendait dans la chapelle du château, en compagnie du faint homme chargé de verfer les eaux du baptême fur la tête du jeune prince. C’était un limple religieux cordelier de l’Obfervance, fondateur des Minimes en France, déjà célèbre par fes vertus, & qui fut canonifé fous le nom de François de Taule . Après la cérémonie, il lui donna les noms de Charles-Orland (i). Ce fils premier-né, dont le père comptait à peine vingt-et-un ans révolus, dont la mère n’avait pas encore feize ans, devint avec raifon l’objet des foins les plus affidus. Placé fous l’invocation de la Vierge , il était toujours vêtu de blanc & couvert de drap <£ar-

(1) Godefroy, Hifioriens de Charles VIII, — Obfervations , Sec., — p. 624.

Page 1