LIV. I, CHAP. IV
ne carda pas à recevoir des nouvelles plus alarmantes, <5c elle apprit enfin que, le 6 décembre, le dauphin était mort au commencement de fa quatrième année. « Bel enfant, dit Commynes, audacieux en parolle, & ne craignoit point les chofes que les autres enfans ont accoutumé craindre. » Il ajoute, avec fa malignité ordinaire, que cette précocité dont Charles VU T abfent n’avait pu être témoin, fut caufe que le père en pafTa aifément fon deuil (1).
Ce fut tout le contraire : Anne de Bretagne & Charles V 1 T I repentirent une douleur profonde de la perte de leur premier-né; la fanté du roi en fut ébranlée au point que les médecins recommandèrent aux princes & aux feigneurs qui l’entouraient, d’inventer des paffetemps nouveaux, des jeux, des momeries , afin de le diftraire de fa douleur. Anne de Bretagne croyait de fon devoir d'afTiPer à ces fêtes, dont fon cœur de mère était navré. Louis d’Orléans, héritier du trône, prenait part à ces divertilfe ments. Dans une mafcarade, il danfafi gaîment & lit tant de folies que la reine en fut révoltée. La penfée que Louis d’Orléans pouvait bien fe
(1) Mémoires, liv. V 1 11, ch. XX.
réjouir d une mort qui lui donnait le trône, aigrit encore la peine que cette mère éprouvait. Elle témoigna li rudement au prince le déplailir qu’il lui caufait, que Louis d’Orléans fut obligé de s’éloigner pour un temps de la cour, <3c d’aller vivre à fon château de Blois (i).
Chacune des trois années qui fuivirent la mort du jeune dauphin, Anne de Bretagne mit au monde un enfant. Le premier fut un fils nommé Charles ; il naquit le 8 feptembre 1496 & mourut le 3 oélobre fuivant; le fécond fut encore un fils nommé François, né en 1497, mort peu de jours après ; le troifième fut une fille née en 1498, qui s’appelait comme fa mère, Anne, mais elle ne vécut pas . En vain lapauvre mère prenait-elle toutes fortes de précautions pour a ffurer la vie de ces frêles créatures que la mort lui arrachait fi vite : elle appelait de fon pays , ou des environs, les femmes des officiers de fa maifon, ou de celle du roi, pour leur fervir de nourrices (2); les croyances fuperftitieufes de fa Bretagne lui revenaient à l’efprit : elle avait un
(1) Brantôme, ‘Dames illuflres , t. V, p. 4. OEuvres complètes, édition in-8°.
(2) Appendices, n° 2, Extraits des Comptes , % V, n° 3 . Objets divers.