‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 42 sur 87 · LIV. I, CHAP. IV. Ijf · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. IV. Ijf

coffret rempli d’amulettes : elle en tirait, pour les donner à la nourrice, avec un chapelet de caffidoine <5c jafpe, un écu de Guienne enveloppé dans du papier, un morceau de cire noire renfermé dans une bourfe de drap d’or, fix langues de ferpent, une grande, deux moyennes, trois petites (1); le fort fatal qui pourfuivait la reine ne put être conjuré. L’opinion fingulière que ces naiffances funefles réfultaient de l’illégalité du mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne courut le monde, <5c l’impitoyable Commynes a eu foin de la répéter. A propos du mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne <Sc de celui de Jean de Caftille avec Marguerite d’Autriche, il s’exprime ainfi: « Si les diêtz mariaiges « furent ainfi changés félon l’ordonnance de « l’Eglife ou non, je m’en rapporte à ce qui en « efl , mais plufieurs doéteurs en théologie •« m’ont diél que non , & plufieurs m’ont diél << que ouy. Mais quelque chofe qu’il en foit\ « toutes ces dames ont eu quelque malheur en « leurs enfants; la noftre a eu trois filz de reng « (à la fuite les uns des autres) & en quatre an- « nées, l’ung a vécu près de trois ans & puis

(1) Idem, § III, n° 1, Mobilier.

« mourut, ôc les autres deux auffi font morts, (f Madame Marguerite d’ Autriche a efté mariée (( au prince de Caililie, filz feul des roy ôc royne « de Caftille ôc de plusieurs aultres royaulmes, « lequel prince mourut au premier an qu’il fut « marié, qui fut l’an mil quatre cent quatrecc vingtz-dix-fept. La diète dame demoura « groife, laquelle s’accoucha d’ung fils tout mort « incontinent après la mort du mary (1). »

Les corps de ces enfants dont la vie a été fi courte furent dépofés fous une même tombe de marbre blanc quife voit encore aujourd’hui dans l’églife cathédrale de Tours. Cette tombe, trèsremarquable par la finelfe des fculptures qui la décorent, eft l’œuvre de Jean JuJl , artifle habile qui faifait partie de l’école établie à Tours, école dont j’aurai l’occafion de parler plus loin (2).

Mais un coup aulfi funefte qu’imprévu allait encore frapper Anne de Bretagne Ôc la priver momentanément du trône de France, où elle était fi fière ôc fi heureufe de fe voir afiife. Au

(1) Mémoires , lîv. VII, chap. IV.

(2) Voyez liv. III, chap. I, au fujet du tombeau des enfants de Charles VIII. (Voir mes Appendices,

n° 3, § IV, Portraits, jîatues, Sec.

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