‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 43 sur 87 · LIV. I, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. IV

commencement de l’année 1498 , Charles fe préparait à une expédition nouvelle en Italie. Devenu plus férieux avec le temps, ôc par fuite de la perte réitérée de fes enfants, il s’occupait avec beaucoup de foin de l'organifation intérieure de fon royaume. 11 penfait à faire de grandes réformes dans les finances pour foulager le pauvre peuple, plufieurs abus dans l’Eglife ôc dans la juftice féculière avaient aufîi fixé fon attention. Ce fait effc certain, car il nous vient deCommynes qui n’a jamais flatté le roi. Il fit de grandes aumônes aux indigents ; peu de jours avant fa mort, il avait établi une audience publique, dit le même hiftorien , « où il « efcoutoit tout le monde, par efpéciallespau- « vres & fi faifoit de bonnes expéditions ; <5c l’y « veiz huit jours avant fon trefpas deux bonnes « heures, ôc oncques puis ne le veiz (1). » Le famedi 7 avril, veille de Pâques fleuries, la cour fe trouvait au château d’ Amboife ; vers deux heures après midi, Charles V 1 1 1 quitta la chambre de la reine, ôc fe dirigea avec elle vers les fofles du château pour affilier à une partie de paume qui y était engagée ; il fallait traverfer une petite

(1) Mémoires , liv. VIII, chap. XXV.

galerie qu’on appelait Galerie Hacquelebac , du nom d’un des anciens gardiens; c’était le plus fale endroit du château, car chacun y venait fans fe gêner. En y entrant, Charles VIH, malgré fa petite taille, fe heurta rudement le front à la porte ; il continua pourtant fon chemin, refta quelque temps à regarder les joueurs, caufant avec les uns <3c les autres. Au moment où il difait : J'efp'ere bien ne commettre aucun péché f oit mortel, foit véniel... il tomba pour ne plus fe relever. Etendu fur une mauvaife paillaffe qu’on jeta en hâte à l’entrée de cette galerie, il expira vers onze heures du foir, n’ayant pu dire que ce peu de mots, à trois reprifes : « Mon Dieu , « Vierge Marie, Monfeigneur faint Claude, Monfeigneur faint Blaife me foiencen aide ! » 11 était à peine âgé de vingt-huit ans (i).

(i) J’emprunte les circonftances de ce récit à Philippe de Commynes (liv. VIII, ch. XXV) qui les tenait de l’évêque d’Angers, confeffeur du roi. Tous les hiftoriens ont accepté ce récit; on peut avoir quelque doute à cet égard. Brantôme dit: « L’on parla fort diverfement du genre de la mort de ce grant roy. Aucuns le difoient d’un catarre ou apoplexie, à laquelle il ne pouvoit eftre fubjet veu fa complexion débille 8c fon naturel point y adonné : car il n’eftoit

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