‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 5 sur 87 · LIV. I, CHAP. I. 6l · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. I. 6l

d'Orléans vint en Bretagne , il fut émerveillé de fes charmes <5c de la précocité de fon efprit ; trois ans plus tard, elle était affez habile dans fart d’écrire., pour envoyer à Maximilien d’Autriche, une relation des événements dont la Bretagne venait d’être le théâtre, & un récit de la bataille de Saint- Aubin -le- Cormier (i). François II mourut au mois d’oélobre 1488, laiffant Anne., à peine âgée de douze ans, maîtrelfe d’un des plus vafles duchés de l’Europe. De nombreux compétiteurs afpiraient à fa main 5 en réalité , du mariage de cette enfant, dépendait l’avenir & l’indépendance de fon pays. Dès l’année 1480, François II, fon père, avait effayé de régler cette grande affaire ; la main d’Anne de Bretage , ou, à fon défaut , celle de fa fœur, avait été promife au fils aîné d’Edouard IV, roi d’Angleterre ; mais , en 1483, le jeune prince avait été affafîiné dans fa prifon par fon oncle, le fameux Richard III. Alors commencèrent des négociations pour une alliance avec Maximilien, duc d’Autriche, veuf depuis un an de l’héritière de Bourgogne ;

(1) Abbé Irail, Hijloire de la réunion de la ‘Bretagne à la France , 1774, in-12, 2 vol., t. I, p. 140.

Jean de Châlons fut le principal agent de ce projet, qui, du refie, ne pouvait recevoir d’exécution que plus tard, vu l’âge peu avancé de la princefle. De toutes les alliances étrangères, celle-là paraiflait la plus avantageufe <$c la plus probable , quoiqu’elle ne préfentât aucune garantie pour l’indépendance 6c le maintien de la nationalité de la Bretagne. Afin d’alïurer cette indépendance & cette nationalité , le meilleur moyen aurait été de marier la jeune duchefle avec un des feigneurs du pays, choifi parmi ceux qui pouvaient avoir des prétentions à la couronne ducale ; ils étaient au nombre de trois : Jean de Châlons, prince d’Orange, fils d’une fœur du duc François II; Jean, vicomte de Rohan , époux de Marie , fille de François Ier, qui fe prétendait le defcendant direèt de Conan Mériadec, premier roi de Bretagne ; Alain, lire d’Albret, époux d’une arrière-petite-fille de Jeanne la Boiteufe, frère de la dame de Laval, gouvernante de la princefîe. Quand François II mourut, le dernier de ces trois prétendants feul était veuf ; <3c, grâce à l’influence de fa fœur, il avait réuni les fuffrages des Bretons qui tenaient le plus fortement à leur nationalité. Mais, pour une prin-

Page 1