‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 56 sur 87 · LIV. II, CHAP. II. IÔ · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. II. IÔ

le vit contraint de nier tout rapport d’intimité. Jeanne avait été certainement le voir dans les châteaux qui lui avaient fervi de priions^ à Lufignan, à Mehun-fur- Yevre^ à Bourges; Louis XII fe contenta de répondre qu'il le croyait^ mais qu’il ne l’avait jamais demandé ni déliré ; il était impolîible d’avouer mieux Ton ingratitude. On décida que la reine ferait vilitée par des matrones; elle fe refufa formellement à cette honteufe <3c ridicule cérémonie : « Je ne veux; dit-elle , d’autres juges que le roi lui-même ; s’il affirme par ferment que les faits allégués contre moi font exaéls, je confens à ma condamnation. » Louis XII jura fur l’Evangile ; le mariage fut déclaré nul ; mais le peuple^ qui dans ces trilles affaires juge en dernier reffort; difait; en montrant du doigt les prélats & les théologiens qui compofaient le tribunal : « Voilà Caïphe; voilà Hérode, voilà Pilate; qui ont jugé contre la haute dame qu’elle n’elt plus reine de France (1). » Un des hiffo-

(1) Dony d’Attichy, Tableau facré de la faintevie <Ùr & mort, vertus <& miracles de la très-illuftre & très-pieufe reine Madame Jeanne de France de Valois, &c., &c. , Paris, 1622, in-180, p. 143. — Voir aufli Vatout, &c., Château d’Amboife,p. 1 5*7. — Bibliophile Jacob (M. Paul

riens de Jeanne rapporte que frère Olivier Mail lard, cordelier, prédicateur populaire des plus hardis , blâma hautement le divorce du roi ; en vain le menaça-t-on, pour lui impoferfilence, de le lier dans un fac 8c de le noyer, il répondit : « J’aime autant dire la vérité <5c aller en Paradis par eau, fi l’on m’y fait jeter, que par terre & par le chemin ordinaire 5 » 8c il répétait toujours dans fes fermons que Jeanne était la véritable reine.

Un docteur célèbre de ce temps-là, Jean Standouk, qui avait été quelques années auparavant reéleurdel’univerfité de Paris, ofa dire à Louis XII toute la vérité : « Il ne lui était pas permis de répudier une femme à laquelle il n’avait rien à reprocher. Une pouvait pas, tant que cette femme était vivante, en époufer une autre qui avait été mariée au roi fon beau-frère . » On lailfa déclamer Standouk , mais on profita d’un emportement qu’il eut peu après contre le chancelier Guy de Rochefort, à propos des privilèges de l’Univerfité, pour l’exiler pendant quelques années (1).

Lacroix), Hifioire du feizième jîècle en France , &c. , Paris, 1834, in-8°, 4 vol., t. I, p. io8&fuiv.

(1) Du Boulay, Hifioire de l’Univerfité, &c., t. V, p. 900.

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