‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 57 sur 87 · LIV. II, CHAP. II. l6f · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. II. l6f

Dès que Louis XII eut obtenu contre Jeanne la fentence de réparation , il s’empreffa de lui afîurer un fort digne de fa naiffance 6c du rang qu’elle avait eu ; le duché de Berri dont elle portait le nom, avec les domaines de Châtillon-fur- Indre, de Châteauneuf-fur-Loire , de Pontoife 6c une penfion de douze mille écus lui furent alîignés en douaire. Lapieufe 6c douce princeiïe profita de fes richeiïes temporelles pour faire toutes fortes de bonnes œuvres ; elle fe retira dans la ville de Bourges, y fonda l’ordre des religieufes Annonciades dont elle devint la fupérieure. Après avoir vécu pendant plufieurs années dans la retraite 6c la prière., après avoir foulagé toutes les infortunes quelle pouvait connaître, elle rendit fon âme à Dieu le 4 février de l’année 1 y oy . C’efl avec raifon que l’Eglife l’a placée au rang des bienheureufes.

J’ai dit précédemment que des intérêts de famille obligeaient le pape Alexandre VI à fatisfaire les volontés de Louis XII. Avant d’entrer dans les ordres, Roderigo Borgia avait eu d’une femme bien aimée, Rofa Vanozza, deux fils; devenu cardinal 6c chancelier de l’Eglife, il avait pourvu l’aîné du duché de Candie, 6c le fécond de l’évêché de Pampelune. Monté fur le trône

pontifical en 1492, il nomma le fécond archevêque de Valence, & lui donnafa place dansle Sacré Collège. Mais ce fils cadet, appelé Céfar, était rongé d’ambition; la dignité de fon frère aîné lui faifait ombrage: il eft accufé, non fans motif, foit de l’avoir affafîiné clandeftinement, foit de l’avoir fait jeter dans le Tibre. Après la mort de fon frère aîné, Céfar Borgia quitta F Eglife pour les armes, <5c devint duc de Candie & de Bénévent. Il jouiffait de toute la confiance de fon père, le pape Alexandre VI, & ce fut lui qui vint en France apporter à Louis XI I la bulle de diffolution de fon mariage ; & de plus un chapeau de cardinal pour le miniftre favori, Georges d’Amboife, archevêque de Rouen. Louis XII devait reconnaître largement autant de complaifance ; il promit au pape de donner à fon fils une penfion de vingt mille écus d’or & le duché de Valentinois, déplus, il lui offrit la main d’une de fes parentes; le pape accepta: il connaiffait les projets de Louis XII fur l’Italie, il efpérait bien que fon fils devenu le parent & l’allié du roi de France, trouverait moyen d’agrandir fes principautés.

Céfar Borgia vint donc en France trouver le roi qui était alors à Chinon ; il fit une entrée

Page 1