‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 63 sur 87 · LIV. II, CHAP. III. I · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. III. I

amour inviolable, & l’on a remarqué que ce prince , qui dans fa jeuneffe n’avait pas dédaigné le paffe-temps des dames, fut le plus fidèle des époux (1). Même en dehors de l’adminiftration du duché de Bretagne, dont il ne fe mêlait pas, il laiffa toujours à fa femme , une large part d’indépendance ; il répondait à ceux qui lui faifaient remarquer que les volontés de la reine allaient parfois jufqu’à l’obftination : « On doit accorder quelque chofe à la femme chafle . » 11 voulait que chacun eût pour elle un profond refpeél : autant il montra d’indulgence pour les fatires que les clercs de la bafoche fe permettaient contre lui dans leurs comédies politiques, autant il réprima févèrement les allufions qu’ils faifaient à la conduite publique ou privée de la reine. Jean d’Auton rapporte qu’en préfence du roi, de la reine <3c de tous les feigneurs de France , les clercs du Palais <5c des écoliers jouèrent plusieurs comédies fabriques & tragédies morales, dans lefquelles ils fignalaient hardiment les aéles répréhenfibles commis foit en France, foit en Italie. Louis XII ne fit que

(j) Claude de Seyffel, Hiji. de Louis XII , publiée par Godefroy, i6if, in-40, p. 101.

rire de ces fa tires ; mais du moment où la reine fut mife en jeu,, il défendit ces repréfentations & infligea des punitions aux plus hardis d’entre les aéleurs (1).

L’afcendant que la reine avait pris fur Louis X 1 1 était affez fort pour qu’elle ne craignît pas de fe mêler des affaires les plus graves ; autant elle fe montre craintive & réfervée avec fon premier mari, autant avec le fécond elle efl ferme dans fa conduite , hardie , entreprenante dans fes démarches. Plufleurs lettres adreffées par elle à fon oncle le roi d’Efpagne Ferdinand viennent à l’appui de cette affertion. Je fignolerai quelques-unes de ces lettres :

La première efl datée du 2 1 avril de l’année lÿoy; elle ell écrite en faveur du frère naturel de la reine, le feigneur d’Avaugour. Anne de Bretagne avait pour lui une affeélion très-vive , <5c ne ceffa de le combler de fes bienfaits. Elle avait obtenu pour lui les feigneuries d’un riche Napolitain, Rogeronne, comte d’Echellanne, mort depuis peu. Mais le royaume de Naples n’appartenait plus à la France ; feulement parle traité fait après les guerres de ifo2, 1^03, il

(1) Chroniques de Jean d' Anton , &c., t. III, p. 1 12.

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