L IV. II. CHAP. III
tation du clergé publiée dans l’hiftoire de Bretagne (1), elle a rapport principalement à l’indépendance que ce clergé affeèlait, furtout depuis le mariage de la duchelfe avec Louis XII. Il n’eü pas vraifemblable que la reine fe foitjdans ces trilles circonstances, feparée de l'on mari; aucun document ne vient à l’appui de cette étrange alfertion. Au contraire nous voyons Anne de Bretagne prendre part aux affaires politiques, alfiller à la réception des ambaffadeurs, & dans le recueil des épîtres latines qu’elle adrelfe au roi pendant fa dernière expédition d’Italie,, en 1 y 1 1 , il s’en trouve une dans laquelle le poète fon interprète fe déchaîne alfez violemment contre le pape Jules II & fes rigueurs (2). On le voit, Anne de Bretagne fut loin de montrer la lingulière conduite dont l’accufentdes hilloriens modernes quiraifonnent avec l’indépendance d’efprit de leur époque ; ces écrivains ne comprennent pas qu’Anne de Bretagne ne pouvait avoir des idées & des
(1) Doin Morice, Aùles de Bretagne , t. Ili, col. 896.
(2) Cinquième épître d’ Anne de Bretagne à Louis XI /, Ms. Voir Montfaucon, Monuments de la monarchie firançaife, <kc. , t. I V, p. 1 1 2.
principes qui n’ont eu cours que deux fiècles après fa mort.
Mais quandLouisXII conçut la penfée généreufe de délivrer Conflantinople, quand il fallut repoulfer les attaques de l’Angleterre, cet ennemi invétéré de la France , non - feulement Anne engageait fon mari à tenter Tentreprife, à fe défendre vigoureufement , mais encore elle lui venait en aide , mettant à, fa difpofition les grandes reifources que lui fourniffait fon duché , les hommes d’armes & les marins auffi hardis que dévoués qui en faifaient partie. Vers le mois de juin de l’année i foi, au retour de la conquête de Naples, Louis XII prit la réfolution d’envoyer une flotte contre les Turcs, nouveaux conquérants de la Grèce, & de détruire ces ennemis de la chrétienté. « La « reine auffi, Madame Anne de Bretagne, dit « Jean d’Auton, comme très-catholique, àl’af- « faire de ce voyage, n’eut le vouloir amolli, ni « la main clofe; mais voulant employer le poffi- « ble de fa force pour exaucer la foi chrétienne, « déploya fes tréfors <5c iceux élargit, pour fou- « doyer grand nombre de gens d’armes <3c équicc per force navires; entre autres voulut que fa « groffe carraque nommée la Cordelière & plu-