LIV. 1. CHAP
informés. Quand Louis d’Orléans vint pour la première fois à la cour de François 1 I, en 1484, Anne avait huit ans à peine ; quand il fe réfugia dans cette même cour, en 1487, pour y féjourner plus longtemps , elle avait dix ans révolus, & n’était pas encore nubile. Louis d’Orléans, marié avec la fœur de Charles VIII, n’aurait obtenu, fous aucun pretexte, de s’en féparer. D’ailleurs, comment fuppofer qu’une jeune fille, qu’on repréfente comme pleine de grâces & de modeflie, ait porté fes vues fur un prince marié depuis onze ans, & ait conçu pour lui un amour chimérique. Les fréquents voyages de Louis d’Orléans à la cour de Bretagne avaient donné lieu à quelques propos fur ce point , auffi le prince crut-il nécefiaire de s’en défendre publiquement; il déclara que les voyages qu’il avait faits, vers la perfonne du duc, étoient feulement pour le vijîter & confeiller en aucun point pour la défenfe de fon duché , & non pour lui tenir propos de ménage avec les princefies fes filles (1).
La feule alliance convenable pour notre
(1) Archives de Nantes. Daru, Hifloire de ‘Bretagne ,
t. III.
jeune ducheffe qui venait d’atteindre fa quatorzième année , en 1 490 , était celle de Maximilien d’Autriche, roi des des Romains. La majorité des feigneurs de fon confeil lui propofait cette alliance ; Anne de Bretagne , en état maintenant de comprendre toute l’importance d’un pareil aéte, acceptait l’union avec Maximilien; elle était flattée de devenir reine, de careflait l’efpoir de porter la couronne impériale. Elle échappait ainfi à l’obfefiîon de fa gouvernante, Françoife de Dinan, qui l’engageait chaque jour à époufer par patriotifme ce farouche Alain d’Albret, dont l’afpedl feul glaçait d’effroi la jeune enfant. Les négociations préliminaires du mariage avec le roi des Romains eurent lieu dans le plus grand fecret au mois de mars 1490 : Maximilien donna miffion au comte de Naffau, au fleur de Polhain, fon maréchal, à Jacques de Coudebault, fon fecrétaire, de à Louppian, fon maître d’hôtel, de fe rendre en Bretagne, de traiter l’affaire complètement de même de procéder à la cérémonie des fiançailles ( 1 ) . Peu de jours après, de
(1) Hiftoire de Charles VIII, par Godefroy, in-f°, p 604. — Dom Morice, Preuves, &c., t. III, col. 662.