LIV. I, CHAP. I
allez fecrètement pour que le jour n’ait pas été connu. Cette cérémonie eut lieu d’après les coutumes allemandes : la jeune princefle fut mife au lit., le beau "Polhain , mignon du roi zMaximilien 3 introduit fa jambe nue jufqu’au genou dans la couche nuptiale (1), en préfence, bien entendu., des trois autres envoyés 6c de Françoife de Dinan, gouvernante de la duchefle., 6c de quelques autres perfonnes de fa maifon. Un pareil aéle ne pouvait refier longtemps fecret ; le chancelier de Bretagne, Montauban, fut un des premiers qui le divulgua ; dans plufieurs aéïes il fit prendre à fa maîtrefle le titre de Reine des "Romains (2). Quand les détails de la cérémonie eurent été divulgués, ils excitèrent les moqueries des Bretons 6c des Français principalement, toujours prêts à rire des ufages qui ne font pas les leurs. Alain d’Albret, à la nouvelle de ce mariage clandeflin , éclata en
(1) « Le roy des Romains envoya un comte d’Alle- « magne , avec fon mignon le beau Polhain , vers la « ducheffe Anne de Bretagne, duquel Polhain elle fut <c pourjutte, au nom du roy fon maiftre, comme les « grands feigneurs ont ufance de faire — » {Chroniques de Jean Molinet, &c., édit. in-8°, t. IV, p. 142.)
(2) Dom Morice, Preuves , &c., t. III, col, 674, 702.
plaintes amères, difant tout haut que François II lui avait donné la main de fa fille , <3c que celle-ci l’avait accepté pour époux. 11 oubliait d’ajouter que la jeune princefle ne l’avait fait que par contrainte, ayant à peine dix ans, <3c pour obéir à fon père prefque mourant 5 qu’aufiitôt que François II eut celle de vivre, elle s’était emprefifée de rédiger en cour d’églife une proteflation contre cet aéle arbitraire (1). Du refte d’Albret ne tarda pas à fe venger ; les bandes gafconnes qu’il commandait étaient maîtrefles de la citadelle de Nantes, <3c tenaient la ville en refpeél. Il fit favoir aux chefs de l’armée françaife qu’il confentait à traiter avec eux.
Le mariage avec Maximilien était une violation flagrante du dernier traité fait avec la France, puifque Charles VIII, à qui appartenait la garde noble de la jeune duchefle, n’avait pas été prévenu . Quand la cour en fut fûrement informée, les troupes françaifes pénétrèrent de plus en plus en Bretagne , la ville de Nantes fut inveflie <3c livrée, prefque fans com-
(1) Archives de Bretagne. Voir mes Appendices ^ n° 3 §, 2. Aâies imprimés, décembre 1488.