L IV. II, CHAP. IV. IÇ
Quelques années auparavant, Anne de Bretagne avait eu aufîi de grandes alarmes au fujet de la fan té de Louis XII. A deux reprifes différentes, fur la fin de l’année 1 ^03 , & au mois d’avril 1 joj , le roi fut fi gravement atteint que l’on défefpéra de les jours. Depuis fon mariage avec la jeune duchelTe , furtout depuis l’entreprife des guerres d’Italie , qui le forcèrent à paffer les monts plulieurs années de fuite , Louis XI b bien que très-robufle, avait éprouvé beaucoup de fatigues. Il fut rétabli affez vite de la première atteinte, celle de 1 y 03 ; mais la fécondé, celle de ifoj' , fut plus grave & jeta la conflernation dans tout le royaume. Au mal phyfique étaient jointes des douleurs morales & les inquiétudes les plus grandes. Déjà la première maladie avait eu pour caufe la perte de deux batailles en huit jours, celle de Seminara, le 2 1 avril 1 y 03, celle de Cérignole, le 28. En 1 fof, les affaires d’Italie devenaient graves ; de plus Louis XII était preffé par l’empereur Maximilien de tenir la promeffe qu’il lui avait faite de marier fa fille Claude avec le jeune archiduc. Au commencement d’avril , le roi tomba dans un abattement profond, qui fut fuivi bientôt d’une fièvre chaude Ôc d’un affreux
délire. Les hiftoriens de Louis X II nous ont tranfmis des détails curieux fur cette maladie. Ils retracent les accès de délire qu’éprouva le roi (i), la douleur de ceux qui l’entouraient,
(i) Jean d’Àuton donne fur le délire du roi les détails fuivants : « Or fut le roi, durant cette maladie, par défaut de repos, tant affoibli que fes fpirituels fenfitifs entrèrent en rêverie, & après divers propos demanda Madame Claude fa fille , la quelle fut préfentée par Madame de Tournon fa gouvernante; puis voulut avoir fon épée 8c une javeline dont il lui fouvint lors : pour lui complaire, lui fut baillé au lieu de ça quelque bâton, le quel voulut bailler à Madame Claude, difant que nul autre qu’elle, s’il ne vouloit incontinent mourir, y touchât; mais cette dame de Tournon, voulant aider à foutenir celui bâton, y toucha; ce que le roi avifa 8c dit quelle étoit morte puifque ce bâton avoit touché. Dont fes médecins 8c ceux qui autour de lui étoient, pour foutenir fon dire 8c aider à fon imagination , lui dirent qu’il étoit vrai, 8c la firent ôter de là 8c cacher pour un temps 8c puis ramener devant lui : de quoi s’émerveilla, en difant qu’il penfoit quelle fut pieça morte, la quelle dit, pour toujours lui complaire, qu’il étoit vrai, 8c que après fa mort avoit été en Paradis où Notre- Dame l’avoit reffuffitée, la quelle mandoit au roi qu’il bût & mangeât, 8c que tantôt feroit guéri : ce qu’il fit, 8c peu après repofa bien à point, &c. » ( Chroniques , édition in-8°, t. 111, p. 120.)