‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 74 sur 87 · LIV. II, CHAP. IV. I · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. IV. I

celle du peuple entier, qui fe prelfait dans les églifes pour implorer la miféricorde de Dieu : « A ce ne faillit le pauvre peuple de France, dit « Jean d’ Auton, qui mitlors fon labeur en oubli « pour y accourir à troupeaux, les mains jointes « 6c les yeux tendus à mont, criant à haute « voix(i).» Ce ne fut pas feulement en France que le bruit de la mort du bon roi Louis XII fe répandit, la nouvelle en arriva jufqu’à Gênes, 6c ceux des Italiens qui avaient embralfé le parti de la France conçurent de cette mort un chagrin profond, qui leur infpira de grandes lamentations. Jean d’ Auton parle à plufieurs reprifes d’une dame de cette ville, nommée Thomaffine EJ'pinola , qui s’était déclarée en tout honneur l’amie de cœur de Louis XII 5 c’était fon intendio, comme difent les Italiens. Quand cette dame eut appris la mort du roi, elle tomba frappée de douleur, verfa des torrents de larmes en s’écriant : Ores eft mort le mien intendio , 6c tenant de trifbes difcours , ellerefta couchée avec la fièvre, huit jours ; 6c enfin mourut de défefpoir (2).

(1) Chroniques , t. III, p. 117.

(2) Idem , p. 122.

Anne de Bretagne, dans ces triftes circonftances, n’épargnait ni les foins, ni les prières pour fauver fon mari du danger. «Elle nebougeoittout « le jour de fa chambre, dit un contemporain, « lui faifant tout le fervice quelle pouvoit(i). » Chaque perfonne qui l’entourait vouait le cher malade au faint qu’il croyait le plus grand : La Trémoille à Notre Dame de Lielfe, un autre à Saint-Denis , le peuple de Paris à Sainte- Geneviève, dont la châlfe, fuivant la coutume obfervée alors dans les calamités publiques, fut promenée par les rues de la ville. Quant à la reine, ce fut à la Vierge qu’elle voua fon mari, mais à la V ierge bretonne par excellence, à Notre- Dame du Foll-Coat; elle s’engagea, non fans quelque joie, ày faire un pèlerinage dansl’année . Louis XII recouvra la fanté ; aulfitôt qu’il fut en convalefcence , Anne s’emprelfa de remplir fon vœu, dont elle profita pour faire un voyage de plufieurs mois dans fon pays de Bretagne. Ce fut un véritable triomphe : plufieurs princes de beaucoup de feigneurs français l’accompagnèrent; les Bretons s’emprelfèrent de grolfirfon

( i ) Saint-Gelais de Montlieu, Hifi. de Louis Xll,ôcc., p. 1 7f.-

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