LIV. Il, CHAP. IV
cortège : « Toutes les villes où elle paffoit lui « furent tendues, dit Jean d’Auton, 6c les « chemins nétoyés. Les feigneurs de Léglife « 6c les gentilzhommes du pays , avec les « marchands 6c tout le peuple lui furent au « devant 6c l’accueillirent de vouloir cordial « 6c joyeufe chère. A Nantes 6c à Rennes « 6c ès autres principales villes de fon pays fe « tint l’efpace de cinq mois, où prefque durant « lequel temps, tint fes Etats 6c mit ordre en « toutes les affaires de fes terres de Breta- « gne, 6cc. (i). » Albert-le-Grand, dans fon Hifloire des faints de 'Bretagne , a parlé de ce voyage que fit la reine- ducheffe en ifO) : « Sa Majefté arriva à Notre-Dame du Foll-Coat, cc le mardi dix-neufiefme aoufl, 6c y fiff fa neu- « vaine ; y fonda un facriffe (un facriflain) pour « avoir foin des ornements, trois enfants de cc chœur pour aider à la mufique, fift achever le cc dôme, 6c y fit beaucoup d’autres biens (2). » Le même auteur ajoute que de Notre-Dame du Foll-Coat, elle vint à Les-Neven, à Saint-Pol 6c
(1) Chroniques , t. III, p. 123.
(2) Albert-le-Grand , Vie -, gejies , mort & miracles des fainôls de la Bretagne Armorique , &c. , &c., Nantes,
1637, in“4°> P- 49T
à Morlaix , où elle fut reçue avec de grandes magnificences. On admira un arbre de Jeffé dreffé dans le cimetière du couvent de Saint- Dominique, où la reine fut logée, qui repréfentait fa généalogie depuis Conan Meriadec , lequel étoit fuivi des autres rois <3c des ducs de Bretagne ; tout en haut étoit une jeune fille repréfentant Sa Majefté, qui lui fit une belle harangue. La ville offrit à la reine un petit navire d’or enrichi de pierreries & une hermine apprivoifée, blanche comme neige, ayant au col un collier de pierreries d’un grand prix. Ce petit animal fauta du bras de la reine Anne fur fon fein, ce qui lui fit grand peur; mais le feigneur de Rohan, qui fe trouvait près d’elle, lui dit : ^Madame , que craignezvous? ce font vos armes ( i).
Pendant qu’Anne de Bretagne vifitait fon duché, elle reçut un meffage de Louis XII qui la prévenait de fe rendre à Angers, où il l’attendait. Elle fe trouvait alors à Morlaix, retenue par une fluxion fur l’œil gauche, qui lui caufait de cruelles fouffrances. Elle penfa de fuite au doigt de faint Jean confervé à TIou-
(i) Alhert-le-Grand, Vie , gejies , &c., p. 686.