LIV. II, CHAP. IV
gayiou, près Morlaix , au diocèfe de Tréguier, dans la petite églife nommée S. JANARBIS, ou Saint-Jean-du-Doigt. La reine écrivit aux chanoines, reéleurs de Plougaznou, de lui apporter fans retard le doigt du Paint apôtre. Les recteurs de Plougaznou, réunis à ceux des environs, s’alfemblèrent folennellement dans Péglife & pofèrent la fainte relique fur un riche brancard, qu’ils portèrent eux-mêmes fur leurs épaules. A peine avaient-ils franchi le cimetière tenant à Péglife, que le brancard fe brifa. Il fallut s’arrêter pour le remettre en bon état, mais la fainte relique avait difparu ; après de grandes recherches accompagnées des plus ferventes prières, on la retrouva dans une armoire, à fa place accoutumée. Albert-le-Grand, qui raconte ce miracle, ajoute que les envoyés de la reine, qui étaient préfents, fe hâtèrent de venir à Morlaix en témoigner devant elle. Anne de Bretagne comprit la faute qu’elle avait commife, & s’agenouilla pour en demander grâce. Elle voulait fe rendre à pied de Morlaix à Plougaznou 5 elle fe lailfa conduire en litière au milieu d’une lande nommée LannFeJïour, voifine de Péglife, où elle defcendit <5c fit le refte du chemin à pied, fuivie des prélats, princes <3c feigneurs de fa compa-
gnie, qui tous imitèrent fon exemple. Le lendemain ^ à l’heure des matines, après que la reine eut accompli fes dévotions 6c reçu la communion, l’évêque de Nantes prit la fainte relique, la fit voir à l’aflemblée, puis l’appliqua fur l’œil de la reine. L’heure <5c le lieu ou cette cérémonie fe paffait en augmentaient encore la folennité: il étaitjour à peine, l’églife Saint-Jean, fituée au fond d’une vallée agréable que traverfe un petit ruiffeau, commençait à s’éclairer ; au nord, on apercevait, fuivant l’expreffion du moine Albert-le-Grand, la mer britannique qui forme une baie de fable au bas des prairies 5 au couchant, les campagnes de Guicaznou.cc Sa Majefté, » dit encore l’hagiographe breton, « donna « le criflal ou la fainte relique fut enchâffée, « un grand calice d’argent doré , des orceux, « chandeliers <3t encenfoirs d’argent blanc, aux « armes de France <3c de Bretagne , & de plus « défigna une fomme annuelle pour aider aux « bafliments de la diéle églife (1). »
(1) Albert-le-Grand, Vie , geftes , &c., p. 244. — Le même auteur donne fur la pofition de cette églife & fes conftruélions des détails affez curieux : « L’églife Saint-Jean efî: baftie de taille, longue, haute, claire 8c