‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 78 sur 87 · LIV. II, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. IV

bateaux les effets mobiliers, <3c de les diriger par la Loire fur Nantes. Le maréchal de Gié arrêta ces bateaux au palfage , difant avec raifon que Louis XIÏ vivait encore , que par conféquent la reine n’avait pas le droit d’agir ainli. Brantôme, qui raconte ce fait, ajoute que le maréchal fut par trop curieux de contrefaire le bon officier <3c bon valet de la couronne (1). Rigoureufement, enagilfant de la forte, Anne de Bretagne était dans fon droit , puifque fes deux contrats de mariage lui alfuraient la polfeflion de fes meubles. Elle voyait d’ailleurs dans le maréchal de Gié, l’irréconciliable ennemi de fa maifon , celui d’entre les princes Bretons qui le premier avait mis fon intelligence <3c fon bras au fervice de la France, & qui l’avait toujours contrariée dans le projet qu’elle carelfait depuis fon mariage avec Louis XII, de lailfer après elle la Bretagne indépendante.

Anne pourfuivit le maréchal avec un implacable acharnement. 11 fut arrêté, mis en prifon ; un procès de concuffion & de lèfe-majellé fut intenté contre lui. On le traîna d’une réli-

(1) Dames illuftres , t. V, p. 3 des OEuvres Complètes , in-8°.

dence dans une autre pour le confronter avec des témoins à charge y que l’ancien favori ne pouvait s’attendre à rencontrer. Louife de Savoye, d’accord en cette circonflance avec la reine, ne dédaigna pas de venir dans une auberge d’Amboife, & de porter contre l’ancien gouverneur de fon fils quelques futiles accufations. Le maréchal fe contenta de répondre : « Si j’avais fervi Dieu comme je vous ai fervie, « Madame, je n’aurais pas grand compte à lui « rendre. »

Quand Louis XIÏ était mourant, De Gié avait écrit au lire Alain d’Albret qu’il eût à tenir prêt les dix mille hommes qu’il commandait, afin de veiller à la fureté du royaume ; on trouva dans cet ordre matière à une accufation contre lui. D’Albret, ennemi acharné du maréchal, parce qu’il avait été vaincu dans la recherche que l’un & l’autre faifaient de la main de Marguerite d’Armagnac, héritière de Nemours, fe plut à écrafer fon rival. De Gié lui fut amené dans fon château de Dreux ; il le reçut couché fur fon lit, jouant avec un petit linge. L’accufé afîis fur un mauvais banc, portait fouvent la main à fa figure 5 le fapajou s’élança fur lui, s’accrochant avec fureur à la longue barbe du

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