‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 79 sur 87 · LIV. II, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. IV

patient, qui s’emporta, fut contraint de prendre ce méchant animal, & de le jeter à terre: le linge fe releva, dit Jean d’Auton, & fe mit fur le lit de fon maître, en faifant la moue à fon homme. Cette fcène inconvenante fit beaucoup rire d’Albret&les feigneurs du confeil chargés d’inftruire le procès du maréchal (1). Avec des juges aulfi peu dignes, l’inculpé pouvait être fûr de fa Condamnation, mais il ne s’attendait pas à ce qu’elle ferait aulfi complète. Le procureur du roi prit contre lui des conclulions qui tendaient à ce qu’il fût décapité, à ce que fes biens fulfent confifqués, & fes enfants déclarés inhabiles à fuccéder comme étant ilfus d’un père coupable du crime de lèfe-majeilé. C’était dépaffer le but; Louis XII ne pouvait pas commettre une pareille cruauté. Les parties furent renvoyées devant le parlement de Touloufe, qui reçut l’ordre de modifier les conclulions des premiers juges. Le maréchal fut feulement fufpendu de fon office pour cinq ans, privé de fes hommes d’armes , obligé de fe tenir à dix lieues de l’endroit 011 fe tenait la cour, & condamné à reflituer l’argent des mortes-paies

(1) Chroniques , t. III, p. 96.

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qu’il avait employées aux travaux de Ton château de Fronfac (i). Le favori déchu fe retira dans l’Anjou, à fa terre du Verger, oii il avait fait conflruire à grands frais une fplendide habitation. Il fupporta fa difgrâce avec dignité ; comme il était jeune encore, il difait à ce propos quà bonne heure la pluye ïavoit pris (2). Les clercs delabafoche, toujours impitoyables, s’égayèrent beaucoup dans leurs repréfentations fur le compte du maréchal, & quelque peu auffi fur celui de la reine. Une de leurs pièces était la mife en adHon de ce proverbe : Trop chauffer cuit , trop parler nuit , & faifait allufion au zèle inconlidéré du maréchal (3). Dans une autre pièce , la fatire était encore plus directe : on y difait qu’il y avait un maréchal qui avait voulu ferrer une cAnne , mais qu’elle lui avait donné un fi grand coup de pied quelle l’avait jeté hors de la cour, pardelfus les murailles, jufque dedans le verger. Cette farce hardie fut jouée dans plufieurs collèges de Paris (4). Brantôme

(1) Chroniques , t. III, p. 96.

(2) Brantôme, Dames illuftres, t. V, p. 4 des OEuvres complètes, in-8°.

(y) Chroniques de Jean d’ Auton, t. III, p. 1 17.

(4) D’Argentré, Hift. de Bretagne, &c., p. 1031.

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