‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 80 sur 87 · LIV. II, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. IV

affure que la reine ne voulait pas la mort de Ton ennemi vaincu. La raifon qu’il en donne efl: étrange , <5c bien fûrement imaginée par le courtifan chroniqueur, qui prête à cette princeffe une dureté de cœur qu’elle n’a jamais eue : « La reyne ne voulut fa mort, d’autant difoit- « elle que la mort efl le vray remède de tous « maux <$c douleurs, & qu’eflant mort il feroit « trop heureux; mais elle voulut qu’il vefcut « bas & ravalé ainfi qu’il avoit eflé paravant « grant, afin que, par fa fortune changée de « grande & haute où il s’eftoit veu, en un « miferable eflat bas, il vefcut en mariffon, « douleurs & triflelfe, qui lui feroit plus de mal « cent fois que la mort mefme ; car la mort ne ce luy dureroit qu'un jour, voire qu’une heure, « & fes langueurs qu’il auroit le feroient mourir « tous les jours (i). »

Au commencementde l’hiver de l’année i y 03 ,

(1) Dames illuftres , t. V, p. 4 des OEuvres complètes , in-8°. — Le procès du maréchal de Gié, dont le manuferit unique fe trouve à la Bibliothèque Impériale (n° 83 5712), a été publié en partie par Vatout, Hiftoire des réfidences royales — Château d'Amboife — 1 845" , in-8°, & par M. Paul Lacroix dans fon Hiftoire du X V Ie fiècle.

après la maladie de Louis XII, Anne de Bre tagne revint à Paris pour la première fois depuis ion fécond mariage, & y fit une entrée folen nelle (i); elle y fut reçue parle clergé, le corps de ville de les principaux habitants avec beaucoup de pompe : « Les rues étoient de riches ta- « pilferies tendues & parées . A toutes les portes « de aux carrois (les carreaux des halles) par « où elle palfoit, fe jouèrent nouvelles comé- - < dies à divers perfonnages, en louant très-hau- « tement la magnificence du lis de l’excellence « de l’hermine. Tous les princes qui lors étoient

< en cour, les gentilshommes du roi de grande ' baronnie de France de de Bretagne, étoient

avec la reine, laquelle fut ainfi conduite en la ^ ville de Paris 5 on fit là les ferments accoutu

< més, de fut reçue honorablement avec joyeux « accueil de dons d’ineftimables richelfes(2). »

Ce fut alors que les écoliers de les clercs de la bafoche repréfentèrent, devant Anne de Bretagne de Louis X! f, ces comédies fatiriques dont j’ai parlé plus haut. Le maréchal de Gié de la reine ne furent pas feuls mis en jeu. On y

(1) Godefroy, Cérémonial français, <k c., in-f°, t, I, pp 689, 690.

(2) Chroniques de Jean d’ Anton, &c., t. III, p. ni.

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