LIV. II, CHAP. IV
glofa fur tous les événements remarquables qui fe paffaient en France, à Naples & à Rome . Les gens de finance, dont la plupart venaient d’être recherchés & punis, ne furent pas épargnés (1). Le mauvais air qu’on refpirait,furtout l’hiver, au milieu de la capitale ne tarda pas à porter de nouvelles atteintes à la fanté du roi; aufîi, dès qu’il eut fait transférer le corps de fon père, le duc Charles, de féglife Saint- Sauveur de Blois, dans celle des Céleftins de Paris, où était la fépulture de fa famille, il s’emprefla de retourner à Blois. Il y pafTa toute l’année luivante avec fa femme & ^Madame Claude , fa petite fille, alors fon unique enfant. C’efl au commencement de l’année 1 yoÿ , qu’il tomba malade une fécondé fois, & qu’il infpira de fi grandes craintes pour fa vie à toute la France, craintes dont j’ai eu l’occafion de parler un peu plus haut. Echappé à cet imminent péril, Louis XII autorifa la reine à faire fon voyage à Notre-Dame du Foll-Coat, & à vifiter la Bretagne. J’ai raconté les principales circonftances de ce voyage, qui dura près de cinq mois. Pendant ce temps-là, le roi tint
(1) Chroniques de Jean d’cAuton , &c., t. II î, p. 11 j.
fa cour à Blois : il était environné de fes principaux confeillers, ayant auffi près de lui fa fille unique, Claude de France, âgée de cinq ans révolus, Louife de Savoye avec fes deux enfants, Marguerite <3c François d’ Angoulême, qu’il avait fait venir. Le péril auquel il venait d’échapper miraculeulément dut lui infpirer le défir de régler fa fucceffion. Il voulut répondre par une grande confiance à l’amour que tout fon peuple lui avait témoigné pendant fa maladie, <5c répondre à un vœu formé par la nation. Avant de le faire connaître, je dois remette en fcène Anne de Bretagne & rétrograder de quelques années.
Louis XII, dans fes moments de gaîté, appelait fa femme ma ‘Bretonne , voulant faire allufion à la ténacité de caraélère dont la reine donna fouvent des preuves; ce nom lui convenait, à ne le prendre que dans fon acception ordinaire. Jamais cette princeffe n’oublia un feul inflant qu’elle était née fouveraine d’un pays qui jufqu’à ce jour avait joui de fon indépendance. Prévoyant quelle ne laifferait pas d’héritier mâle & que Claude, fa fille aînée, pourrait bien apporter en dot à fon mari le duché de Bretagne, elle fit tous fes efforts pour unir cette fille à Charles d’Autriche, qui fut depuis
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Charles -Ouint. A peine Claude de France était-elle âgée de dix-huit mois , que déjà des pourparlers avaient eu lieu pour difcuter les conditions de cette alliance. Le 1 1 avril i^oi, Philippe-le-Beau, archiduc d’Autriche, envoyait à Louis XII des ambafifadeurs demander la main de cette enfant pour Charles, fon fils encore en bas âge (i). Au mois d’août fuivant, un contrat de mariage était dreflfé, dans lequel, entre autres chofes, on lit : « Le roy, & la reyne « autorifée comme il appartient, promettront « en paroles de roy & de reyne, de faire <5c pro- < curer par tout effeél que Madame Claude, leur « fille, venue en âge de puberté, prendra à mary ce & efpoux Monfeigneur de Luxembourg (2) . » Vers la fin de novembre, l’archiduc & fa femme traverfèrent la France <5c rendirent vifite à Louis XI I, qui les reçut avec beaucoup d’appareil. Il fe complut à leur faire les honneurs de fon château de Blois , dont les conflruélions nouvelles <5c magnifiques venaient d’être terminées. Un très-grand luxe fut étalé dans cette
(î) Voir les deux harangues prononcées en cette occafion, t. I, p. 24 des Négociations entre la France & l'Autriche , par M. Le Glay, Paris, 184^, in-40.
(2) Le Glay, Négociations , t. I, p. 32.
réception. La reine donna l’ordre à les officiers de rapporter à Blois la nombreufe vaifielle d’argent reliée à Ton château de Nantes , de la remettre à neuf & d’y faire graver fes armes ( i ). Le détail de toutes les cérémonies qui eurent lieu dans cette circonftance ell parvenu jufqu’à nous <5c a été plufieurs fois reproduit (2) ; je dirai feulement que la reine -ducheffe, affife fur un véritable trône, reçut à part l’archiducheffe d’Autriche; elle ne fit que deux pas en avant, puis l’embraffa.On voulut que la petite Claude, entrée depuis deux mois dans fa troilième année, fût auffi de la cérémonie ; mais, en préfence de la princeffe autrichienne , elle Ce mit à crier li fort, qu’il fut impoffible de lui dire le Vieu Gard (le bonjour) & de lui rendre aucun honneur. Madame deTournon, fa gouvernante, n’eut que le temps de la remporter dans fa chambre (3).
Pendant plulieurs années, Louis XII relia
(1) Voir Appendices, n° 2, Extraits des Comptes, §11. Vaiffelle d’or & d’argent, année i foi .
(2) Godefroy, Cérémonial français, &c., in-f°, t. II, p. 7 1 3 . — De la Sauïïaye, Hifi. du château de Blois, &c. , 1840, in-4°, p. 70; édition i n- 1 8 , p. 142.
(3) Godefroy, Cérémonial français , &c., t. I, p. 713. — De la.Sauffaye, Hifi. de ‘Blois , &c., p. 147.