‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 10 sur 188 · LIVRE Ier. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. — LA RELIGIEUSE

refusée à souscrire a ce desseia l ; et Mmc Borgel prenait très haut le parti de cette mère, et approuvait son veto. Etait-ce pour mieux éprouver la vocation de Rosalie? Ce n'est pas improbable. Celle-ci du moins demeura ferme dans sa requête et joignit la prière et la mortification à ses pieuses instances, en réitérant celles-ci doucement et affectueusement. A de telles armes répond habituellement la victoire. Mme Borgel finit par acquiescer aux vœux de son enfant.

Quant a M. Borgel, dans une question de cette nature où les atermoiements ne sont pas toujours heureux , il fut , semble-t-il , d'une rondeur qui s'harmonisait merveilleusement avec le caractère de sa fille. — « Rosalie, lui dit-il un jour, tu as main- « tenant dix-huit ans. Il faut te décider à quelque * chose. Voici que plusieurs partis avantageux se « présentent ; que veux-tu ? » — « Ce que je veux, « répondit Rosalie, vous savez bien, mon père, que « je l'ai dit depuis longtemps ; je veux être reli- « gieuse. » — Et ajoutant & ce ferme langage le trait d'un esprit promptement résolu et habile à ne point perdre une occasion de bien faire : « Mon

(4) Cette résistance prit fin et les sœurs de Saint-Joseph d'Annecy acquirent ainsi une bonne religieuse.

« père, continua-t-elle, puisque vous m'en parlez, « eh bien, je vous demande de me permettre d'être « religieuse de la Présentation ; et je vous supplie « de me laisser entrer sans retard au couvent de « Saint- Julien. »

Le père ne répondit pas. Mais le lendemain la jeune fille s'en ouvrait a son beau-frère, M. Bouchet, homme religieux et prudent. Et quelques jours après, le 31 mai 1834, celui-ci, muni de l'autorisation paternelle, conduisait à Saint-Julien M,le Rosalie Borgel, alors âgée de 18 ans.

L'enfant de Présilly était donc au comble de ses vœux. En franchissant le seuil de cette maison de Saint-Julien, où elle venait faire le premier acte de son immolation, elle sentit son cœur se dilater en même temps qu'il se soulevait, agité d'émotions bien diverses. Elle allait au bonheur ; elle savait qu'il était là pour elle ; car, tant relatif que soit le bonheur dans ce monde, chacun n'est heureux jamais que dans la voie où le Bon Dieu l'appelle et le veut. Mais il ne faut pas croire qu'en se séparant des siens, même pour aller à Dieu, il n'y ait à faire aucun sacrifice douloureux à la nature. Les cœurs qui sont purs, mieux encore que les autres, ont des fibres qui ne se détruisent jamais. On les mortifie, on leur impose silence par la vertu ; mais on ne les

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