‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 101 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

thique fut tel qu'il se produisit rarement, croyonsnous, peut-être même jamais ailleurs. Un fait assez singulier le caractérise ; le voici.

Débordée en quelque sorte par la tendresse de ses petites filles, la mère fut un jour amenée à signer avec elles un compromis : elle s'engagea par écrit à passer tous les jours avec les élèves la récréation de midi. C'est que, pour n'être point sur timbre, ce sous-seing, qui échappait à toutes les prévisions légales, ne fut pas du tout considéré comme une non-valeur ! Un jour que Mgr Laroque (dont nous parlerons tout a l'heure) retenait sœur Saint-Maurice trop longtemps au gré des pensionnaires, voici que deux espiègles se détachent d'un groupe qui tenait une sorte de meeting. Avec toutes les révérences les plus gracieuses elles arrivent, baisent la main de l'évêque et exhibent à sœur Saint-Maurice le traître papier qui enchaîne sa liberté. Ce qu'il était facile de prévoir, ce que l'on cherchait sans doute — et ce qui excusait tant de hardiesse, — ne manqua pas de se produire. Mgr- Laroque, à qui la supérieure passa la pièce authentique, rit de bon cœur de cette aventure et accompagna sœur Saint-Maurice au pensionnat, dont la récréation ne fut jamais plus joyeuse.

Puisque nous parlons des enfants, c'est le lieu de dire un mot des orphelines. Sœur Saint-Maurice ne

pouvait s'en passer pas plus a Saint-Hyacinthe, qu'ailleurs. Elle sut donc s'en entourer bientôt.

Mais il ne faudrait pas croire qu'une telle satisfaction du cœur était pour elle une jouissance plus ou moins égoïste ou sans mesure. Les sentiments qu'elle avait a cet égard, elle souhaitait les voir partagés de tout le monde ; et elle cherchait a les inspirer aux jeunes filles dont la direction lui était confiée. Un jour, — ceci le prouve, — une pauvre petite de trois ans, orpheline de père et de mère, est présentée au couvent de Saint-Hyacinthe. Adroitement la supérieure s'arrange de manière à attirer sur son malheur l'attention des élèves. Une grande explosion de pitié se produit dans les rangs ; ces jeunes cœurs s'émeuvent. — cMais, que faire de cette petite?» dit sœur Saint-Maurice. — c II faut la garder, répondon de toutes parts. » — « Elle est si jeune, contint nue la supérieure, ne vaudrait-il pas mieux la « confier a quelqu'un du dehors? » — « Oh ! non, « gardons la. » — « Mais, qui la soignera? » —

« Nous toutes ce sera notre petite sœur. » —

Ce cri était celui qu'attendait la bonne supérieure* Toutefois une adoption faite par la masse risquait fort de devenir une maternité encombrante. Il fut convenu que les Enfants de Marie se chargeraient de l'adoptée. Or la sollicitude de celles-ci envers leur

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