LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
pupille devint si ardente qu'en peu de temps on lui confectionna plus d'habits qu'elle n'en pouvait porter de longtemps, et l'on tenta même d'y ajouter la broderie a Ta couture. Sœur Saint-Maurice en prit occasion de donner une sage leçon à ses enfants. Elle prohiba tout ce qui dépassait les bornes de la simplicité ; et elle ordonna que l'on mît en réserve une partie des pauvres hardes qui couvraient l'orpheline à son entrée dans la maison, «afin qu'un jour, disait-elle, on pût les lui montrer si elle oubliait l'humilité de sa première condition. »
Ce simple trait indique comment aucun détail de sa maison n'échappait a la digne supérieure. Elle était bien a Saint-Hyacinthe telle que nous l'avons déjà vue à Saint-Hugues et à Sainte-Marie.
Mais cette vigilance ne se restreignait pas aux limites de Saint-Hyacinthe. Les autres maisons du Canada en avaient une large part.
Saint-Hugues avait beaucoup perdu de sa radieuse physionomie, en perdant celle qui en était l'âme. Ce couvent acceptait sans chagrin d'être descendu au second rang ; mais il ne se résignait pas si facilement à être privé de la présence habituelle de cette supérieure inoubliable. Le révérend curé, M. Archambault, qui avait trouvé tant de consolation à confier en si bonnes mains son œuvre, créée au prix de tant
de sacrifices, en prenait difficilement son parti ; et comme si le passé avait été pour lui une vie achevée, il trouvait une façon aimable de se plaindre dans ses lettres à sœur Saint-Maurice en ne se signant plus que de cette qualification : « Votre défunt père » .
Cependant pour atténuer de tels regrets et plus encore pour conserver à Saint-Hugues le mouvement et le bon esprit qu'elle avait su lui imprimer, la supérieure du Canada se rendait dans cet établissement le plus souvent possible. Un coup d'œil jeté sur tous les services et sur l'ensemble de la maison, un mot dit à propos, ici un avis, là une consolation, un encouragement : ainsi en était-il de chacun de ses passages ; et tout y gagnait.
Est-il besoin de dire que les autres missions et leur personnel étaient l'objet de la même sollicitude et en tiraient le même bénéfice ?
Sœur Saint-Maurice, aux premières vacances qui suivirent son retour de France, au mois d'août 1859, réunit autour d'elle toute sa famille canadienne de la Présentation. On put vaquer ensemble aux exercices de la Retraite, s'animer mutuellement au bien et recevoir le mot d'ordre de la persévérance de celle qui pour toutes était toujours une mère.
Toutefois celle-ci ne pouvait se contenter de cette