‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 103 sur 188 · LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE

commune rencontre. Aussi bien sœur Saint-Maurice regardait-elle encore comme un devoir impérieux d'aller sur place visiter tour a tour chacune de ses maisons. Ni la fatigue, ni le temps ne pouvaient l'arrêter. On Ta vue, en plein hiver, affronter un froid de 20 degrés dans une simple charette pendant une journée entière, pour ne pas manquer de parole à ses sœurs, après s'être annoncée.

Ainsi devinrent et restèrent florissantes, sous une direction aussi ferme que maternelle, les missions dont cette femme forte avait elle-même jeté les assises. Le champ devait s'en élargir encore, car bientôt, le 24 septembre 1862, allait être fondé un nouvel établissement, celui de Saint-Georges, dû à la générosité du pasteur et des ouailles de cette importante paroisse.

De si belles œuvres, accomplies avec tant d'esprit de foi, exerçaient autour d'elles une salutaire influence. Qui sait combien d'âmes durent leur salut au seul spectacle de ce généreux apostolat ! Bien des conversions , bien des abjurations donnèrent aux sœurs, et en particulier a sœur Saint-Maurice, les plus suaves consolations d'en -haut. Il serait trop long de raconter plus d'une scène touchante, ou de retracer plus d'une émotion de ce genre. Disons pourtant que l'une des joies ineffables, qui ravirent

de bonheur la pieuse supérieure du Canada, fut le retour du seigneur de Ramsay au giron de la sainte Eglise romaine. Les bienfaits dont cet homme, plein de droiture et de cœur, avait comblé la maison de Saint-Hugues lui valurent d'ardentes prières. Nul doute que celles-ci n'aient contribué à lui attirer des lumières et des grâces de choix. Et lorsque se fit, en novembre 1859, cette solennelle abjuration, on put voir dans ce fait une nouvelle preuve de la miséricorde de Dieu et de son amour envers les âmes loyales et généreuses.

Mais, à côté de ces succès et de ces allégresses, Notre Seigneur ménageait à sa servante des épines et des croix. Il faut y arrêter un instant nos regards.

Une épreuve des plus sensibles pour la sœur Saint-Maurice, ce fut celle que ressentit le diocèse entier, la mort du très digne et très pieux évoque de Saint-Hyacinthe, Mgr Prince.

Au début de l'année 1860, le saint prélat avait vu sa santé, déjà altérée par ses travaux, recevoir un coup décisif: une attaque de paralysie l'avait brusquement averti que la mort n'était pas loin. Avec une énergie surhumaine, il sut pourtant recueillir ses dernières forces, pour rester encore à son poste. Mais après avoir béni, le jeudi saint, les saintes huiles qui devaient l'oindre lui-même une dernière fois,

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