LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE
dernier soupir, de leur donner une nouvelle preuve de sa bonté prévoyante. Depuis quelque temps, en effet, la santé de M. Raymond l'ayant forcé de se démettre de ses fondions de supérieur ecclésiastique de la Présentation, Monseigneur de Saint-Hyacinthe s'en était personnellement chargé. Mais sentant venir la mort, le vénéré prélat n'avait point voulu laisser ses filles deux fois orphelines et il avait confié leur direction à M. Désaidniers, dont les pouvoirs dataient de sept jours avant le décès de l'éminent évêque.
M. Désaulniers, ancien supérieur du collège de Saint-Hyacinthe, était un homme judicieux et droit, possédant à merveille l'intelligence de la vie religieuse et qui, écrivait sœur Saint-Maurice, aimait singulièrement « l'esprit d'humilité et de simplicité », — ce en quoi il convenait fort à sa nouvelle charge. Son zèle et son dévouement inaltérable lui ont acquis des droits imprescriptibles à la reconnaissance de la Congrégation. S'il fallait le taire ici, pour rester dans le ton de sa modestie, nous manquerions aux saines règles de la justice.
Cependant le veuvage de l'Eglise de Saint-Hyacinthe ne fut pas de trop longue durée. Trois mois après avoir échangé sa houlette pastorale contre la palme du dernier triomphe, M8r Prince avait un suc-
cesseur digne de lui, en la personne du Révérendissime Joseph Laroque, précédemment coadjuteur de Montréal.
Le 3 septembre 1860, le nouvel évêque prit possession de son siège.
Mgr Laroque n'était pas un inconnu pour la Présentation. A l'époque du sacre de M§r Taché à Viviers, il accompagnait M§r Prince. Au retour, celuici étant nommé évêque de Saint-Hyacinthe, il l'avait remplacé comme coadjuteur de Montréal. Ami intime de son vénérable prédécesseur, il en avait toutes les idées et le zèle ardent. Rien ne lui souriait mieux que la fondation de la Présentation au Canada. Nos sœurs retrouvaient donc un père, dont le nom seul avait changé. — « Personne plus que moi, écrivaitil à sœur Saint-Maurice, ne sent la douloureuse perte que vous avez faite par la mort du regretté prélat que je suis appelé à remplacer. Et la véracité de sentiments avec laquelle vous rappelez cette perte témoigne de la beauté de votre reconnaissance. Avec l'aide de Dieu et le concours de vos prières, je m'efforcerai de cicatriser votre plaie encore saignante. »
Il sut bientôt, en effet, y mettre l'huile et le vin du Bon Samaritain. Dès le jour même de sa prise de possession, il visitait la Communauté de Saint-Hya-