‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 109 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

Bourg-Saint-Andéol a la supérieure du Canada, concernant son élection, lui était arrivée trois jours avant celle de Mgr Delcusy. Mère Saint-Maurice avait ju deux fois cette épître pour la comprendre. Mais celle-ci était si claire que, ne pouvant en aucune façon s'en dissimuler le sens, elle avait du moins pris sur elle de n'en rien dire à personne. Toutefois, la vive agitation de son âme n'avait pu se dérober entièrement à la vigilante affection de ses filles. En telle occurence, des hommes eussent accepté les prétextes de fatigue par lesquels la supérieure répondait aux interrogations inquiètes qui lui étaient adressées. Mais les femmes ont généralement trop de finesse pour s'y méprendre ; et le vague sentiment d'une séparation prochaine s'était emparé de 3a Communauté.

On en était là, lorsque le courrier du 30 décembre remit à l'économe un pli de l'évêché de Viviers. — « Je sais ce que c'est. Gardez-le jusqu'à ce que je vous le demande » , lui dit la supérieure. Celle-ci ne voulut pas .évidemment troubler les vœux du 31 décembre. Et tout ce jour, en effet, elle reçut et fit ses visites de bonne année, comme de coutume, sans rien laisser paraître de ses angoisses. Mais le soir, elle n'y tint plus. La Communauté étant réunie, les élèves du pensionnat vinrent, selon l'usage,

offrir leurs vœux à leur bonne mère. A l'aspect de rassemblée, il était facile de comprendre que l'allégresse habituelle de ce jour était étouffée par l'inquiétude. Une phrase y faisait une légère allusion dans le compliment que récita une enfant. En la prononçant la pauvre innocente sent frémir ses lèvres, un sanglot intercepte sa petite voix aimante... un frisson parcourt la salle, des pleurs jaillissent de tous les yeux. Aussitôt mère Saint-Maurice se lève ; impuissante à contenir ses larmes, elle veut chercher dans la fuite une nouvelle victoire sur la nature ; elle se dirige vers la porte. Mais là, elle est arrêtée par la première maîtresse du pensionnat qui la supplie de ne point laisser ainsi ses enfants. Se dominant alors, elle se retourne. — « Mes enfants, « dit-elle, ne vous inquiétez pas. Je suis un peu fati- « guée depuis quelques jours ; et vos bons senti- « ments m'ont causé une émotion que je n'ai pu « contenir. Merci, mes chères enfants, merci... » — La porte se referma, tandis qu'un cri douloureux s'échappait de toutes les poitrines : « C'est bien « vrai, elle nous quitte ! »

Quelques instants après, toute la vérité était connue. La lettre de Mgr Delcusy était ouverte ; et la Communauté comprenant tout le bien que la Congrégation pouvait attendre du choix de Dieu, faisait

Page 1