LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
généreusement le sacrifice personnel qui lui était demandé par la Providence.
Ce sacrifice, que la nouvelle supérieure générale accomplissait plus complètement encore que ses filles du Canada, ne laissait à son âme aucune illusion sur la charge qui lui était imposée. Nous en avons dit un mot tout à l'heure. La justification s'en trouve dans le témoignage des lettres admirables par lesquelles elle répondit à l'annonce de son élection.
Le retour en France de la révérende mère générale ne pouvait s'effectuer aussitôt. Msr l'Evêque de Saint-Hyacinthe jugea qu'au milieu des rigueurs de la saison un tel voyage eût été imprudent. On le comprit à Bourg-Saint-Àndéol, où mère Saint-Maurice envoya ses instructions pour que rien ne souffrît trop de son absence.
Ce délai permit a la révérende mère de faire mie retraite pour se préparer à son importante mission. Elle se retira dans ce but chez les bonnes sœurs de la Congrégation, dont la cordiale hospitalité lui procura pour ces saints exercices un recueillement qui eût été peut-être moins facile, à cette heure, dans son propre couvent. Puis, elle se mit en route et visita toutes ses maisons du Canada. Partout, on le comprend aisément, il y eut un mélange de tristesse et
de consolations. En de telles luttes entre la nature et la grâce, si la grâce l'emporte la nature n'en manifeste pas moins ses blessures, desquelles coule abondamment le « sang du cœur » , puisque ainsi S1 Augustin appelle nos larmes.
Dans une charmante lettre tout imprégnée de l'esprit de Dieu, M. Daberl avait écrit a mère Saint- Maurice les pieuses impatiences de Bourg-Saint- Andéol ; mais acquiesçant a l'avis de Mgr l'Evêque de Saint-Hyacinthe, il ajoutait: — « Malgré notre grand désir, nous voulons tous que vous renvoyiez votre départ au jour où l'Océan sera assez charitable, non seulement pour ne vous faire courir aucun danger, mais encore pour ne vous occasionner aucune souffrance. » — Ce jour-là vint avec le printemps ; et le 7 mars il fallut partir.
Mère Saint-Maurice avait décidé qu'elle quitterait Saint-Hyacinthe la nuit, afin d'éviter tout éclat. A l'heure dite, munie d'avance de la bénédiction de l'Evêque et après les plus touchants adieux et les plus tendres recommandations faites à sa Communauté, elle sortit de sa maison et se rendit au chemin de fer. En dépit de ses prévisions, elle trouva la gare absolument encombrée. Chacun voulait d'elle une dernière parole. On sentait combien fortes étaient l'estime et l'affection de tous envers celle