LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE 21 i
qui, en moins de dix ans, avait creusé sur le sol de la Nouvelle France le sillon dont la fécondité était si manifeste.
Avec elle, mère Saint-Maurice emmenait en France la sœur Saint-Guibert, Tune de ses compagnes de la première heure au Canada, et une canadienne, sœur de l'Assomption. M. Désaulniers, le dévoué supérieur de Saint-Hyacinthe voulut ne quitter la révérende mère qu'au port d'embarquement. Sœur Saint-Marc et sœur Xavérine représentèrent la Communauté jusqu'à cette dernière étape.
Ce n'est point sans danger que se fit cette première partie de la route, celle qui semblait la moins inquiétante ; car, peu après le départ de Saint-Hyacinthe, eut lieu un déraillement. Mais l'accident n'eut, grâce a Dieu, que l'inconvénient de retarder de trois heures l'arrivée à Porland, port de l'Etat du Maine sur la baie de Casco, où l'on devait prendre le steamer de Liverpool.
On s'embarqua immédiatement. Toutefois le navire ne devant déraper que le lendemain matin, le capitaine invita très courtoisement M. Désaulniers et les deux religieuses de Saint-Hyacinthe a prendre gîte a bord pour la nuit, afin de passer encore toute la soirée avec la révérende mère. Ce lendemain était un dimanche. On put descendre a terre, pour la
messe que célébra de bonne heure M. Désaulniers. Puis, la force divine ayant été ainsi puisée a sa vraie source, on se sépara. Bientôt le navire appareillait et s'éloignait.
Le vœu formulé par M. Dabert a que l'Océan fût charitable » ne se réalisa qu'à moitié. A vrai dire le temps ne fut pas très mauvais; mais FAtlantique est une berceuse qui n'endort pas toujours. Déjà fort affaiblie par ses dernières émotions, la supérieure générale dut payer assez largement son tribut a la souffrance. Ses deux filles lui prodiguèrent tous les soins que leur inspirait le cœur, en s'édifiant ellesmêmes et de la patience de la malade, et du souci qu'elle avait de leur propre santé, et de la sollicitude de son âme pour que la Règle fut observée, même k bord, dans la mesure du possible. Leur tâche filiale était d'ailleurs facilitée par la bienveillance du capitaine. Celui-ci, singulièrement frappé du grand air et du mérite si visible de mère Saint-Maurice, ne savait comment lui témoigner son estime. — « C'est du « bouillon que vous lui portez, dit-il un jour a une « des sœurs qui tenait une tasse a la main. Oh ! « mais avec cela il faut du bon Champagne !» — Et aussitôt il donnait des ordres en conséquence au maître d'hôtel. — « Quel dommage, disait-il une « autre fois, pour donner de son admiration un