LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
sionnat et l'orphelinat, était sur la route de Viviers. Tous les yeux interrogeaient l'horizon ; et les minutes d'attente semblaient s'allonger d'une façon désespérante. Mais une voiture est tout à coup signalée; on la devine avant de l'avoir aperçue ; elle arrive avant qu'on ait eu le temps de la bien voir. Un mystérieux courant électrise tout le monde. — « La voila ! c'est elle. » — Et si les convenances arrêtent des acclamations sur tant de lèvres, les regards étincellent, les visages s'empourprent, le flot se presse, toutes les âmes se confondent en un même sentiment : — « C'est elle, c'est bien elle ! »
Plus expressive, à coup sûr, que l'arc de triomphe qui décorait l'entrée du couvent, cette manifestation de sa grande famille était bien faite pour émouvoir la mère Saint-Maurice. Aussi bien lorsque celle-ci, après avoir salué Notre-Seigneur au tabernacle, pénètre dans la salle de communauté et prend place sur le siège qu'avaient occupé la vénérable mère Rivier et la regrettée mère Arsène, sa parole frémit et s'étouffe, l'éloquence des larmes est la première qui jaillit de son cœur, avec sa puissance convaincue et communicative.
Le lendemain matin, après la sainte messe, chaque religieuse fit son obédience entre les mains de la révérende mère générale. Cet acte, achevant l'émo-
tion de la veille et complété par l'allégresse de ce beau jour, fut avant tout un acte du cœur. On sentait que la charité, ce legs précieux de la vénérable mère Rivier et de la digne mère Arsène, régnait en souveraine au cher couvent du Bourg.
La charité, en effet, se dilatait sous les pas de la nouvelle mère. En pénétrant dans la maison, elle avait rencontré sur son chemin un bon vieux domestique du nom de François. C'était un loyal et féal serviteur des premiers temps de la Congrégation, et qui avait avec ellç vécu et vieilli. En l'apercevant mère Saint-Maurice s'émeut de ses cheveux blancs, l'appelle par son nom, lui tend une main amie. Tout émerveillé de cette attention bienveillante, François, les larmes dans les yeux, s'écrie : — « Ah ! elle ira loin, cette mère, elle ira loin, parce qu'elle aime les vieillards/ » — C'était naïf, mais c'était vrai.
Or, voici dans le même ordre, d'idées un autre souvenir plus respectable et plus touchant encore.
Le couvent de Bourg-Saint-Andéol avait alors le bonheur d'abriter les vieux jours de la bonne sœur Marie Vincent de Paul, l'une des compagnes de la vénérable mère Rivier. Successivement assistante des deux premières supérieures générales de la Présentation, elle avait été activement mêlée pendant plus d'un demi siècle a toutes les œuvres de la Congréga-