‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 115 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

tion, par conséquent à toutes ses épreuves et a toutes ses joies. C'en était le témoin vivant, comme elle était la Règle vivante de l'Institut et l'irrécusable expression de son esprit primitif. Au moment où elle se disposait a accueillir sur le seuil de la maison familiale la troisième Mère de la Présentation, sœur Marie sentit fléchir sa vigueur ; elle dut renoncer à descendre. Elle dépêcha aussitôt vers la mère Saint- Maurice un estafette avec mission de lui dire : — « Pardonnez à la plus vieille de vos filles de ne pas « aller au-devant de vous ; ses jambes lui refusent « leur service. » — Mais si ces vieilles servantes restaient inertes, le cœur avait bondi ; et mère Saint- Maurice, qui avait l'intelligence de ces délicatesses, s'était empressée d'accourir auprès de la respectable assistante, objet depuis longtemps de sa plus tendre affection.

Rien ne donnera une juste idée de cette scène. D'un côté, la sœur Marie, noble vieillard dont les ans ont ralenti la marche sous le poids et la chaleur du jour, représentant sur son déclin tout un passé, où la semence était tombée abondante sur le sol de de l'Eglise ; de l'autre côté, voici l'avenir: la jeune mère générale de quarante-six ans, pleine d'ardeur et de vie, en qui l'on salue l'aurore de jours heureux pour la Congrégation et dont la main semble

tlestinée a recueilllir de riches moissons ! Quel contraste ; mais en même temps quelle union ! Elles sont là toutes deux se tenant fortement embrassées. La jeune, saisie d'un instinctif respect, s'est jetée à genoux sans pouvoir articuler une syllabe... La vieille s'est prise à trembler, ne sachant comment résister à l'humilité de celle qui est désormais la mère. Pas un mot, tandis qu'aux larmes traduisant leur poignante émotion répondent les larmes de celles qu'édifie ce spectacle inattendu. Mais la première parole qui émergera de ces pleurs sera une parole d'or : — « Courage, dit sœur Marie à la mère Saint-Mau- « rice, courage ! Le Bon Dieu vous aime bien et il « vous aidera ! »

La sœur Marie n'avait pu continuer. Mais le lendemain matin, elle disait à mère Saint-Maurice avec une inexprimable tendresse : * Oh ! ma chère mère, je « vous aime beaucoup, vous pouvez le croire ; mais « le bon Dieu aussi vous aime bien ; croyez-le fer- « mement.

— « A quelles marques connaissez-vous que le « bon Dieu m'aime, ma chère sœur Marie?

— « Ma mère, c'est parce qu'il vous a confié ce « qu'il a de plus cher : ses épouses ; ah ! certes oui, « il vous aime, et c'est lui-même qui vous a choisie.

Page 1