LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
— « Ce que vous me dites là, ma bonne sœur, « est fort consolant, mais je sens qu'il a placé sur « mes épaules un fardeau bien au-dessus de mes « forces.
— « Ma chère mère, ne vous mettez pas en peine « de cela ; le bon Dieu proportionne toujours les « forces au fardeau qu'il impose. Ce qui doit faire « votre consolation , c'est l'assurance qu'il vous « aime beaucoup et qu'il vous a choisie. »
Cette dernière phrase tombant de lèvres aussi autorisées parut à la mère Saint-Maurice comme un oracle sacré. Elle devait y puiser plus d'une fois l'absolue confiance en Dieu si nécessaire à ceux qui sont chargés du gouvernement des âmes.
La pieuse émotion de l'arrivée n'était pas encore calmée au couvent deBourg-Saint-Andéol que déjà la révérende mère Saint-Maurice épanchait son âme dans le cœur de toutes ses filles de la Présentation. Sa. première circulaire date du 15 avril. On y sent un cœur de mère qui se dilate en donnant à tous le plus bel exemple de modestie, de charité et de sincère abandon entre les mains du Divin Maître.
Puis, la mère générale prit le chemin de Thueyts, berceau de la Congrégation. Elle y allait, conduite par le souvenir des saints fondateurs évoqué dans sa
circulaire et par son amour de l'esprit primitif de la famille de la vénérable mère Rivier.
C'est la qu'une lettre lui fit connaître un premier sacrifice que Dieu lui demandait pour sa gloire : M. Daberl était nommé évêque de Périgueux. A ce choix la Vérité gagnait un valeureux champion ; le Droit, un défenseur énergique ; l'Eglise de France, l'un de ses meilleurs évêques ; mais la Présentation perdait un père ; et la supérieure générale, un guide assuré. Mère Saint-Maurice accepta généreusement l'épreuve et fit acte d'abnégation, en disant le Fiat voluntas auquel elle avait accoutumé sa nature. Une circulaire du 5 juin à toutes ses filles en fut la magnifique expression.
Enfin, au cours de ce même mois de juin, ayant réuni a la maison-mère toutes les sœurs èleclrices, les filles aînées de sa grande famille, la nouvelle supérieure générale prit connaissance de tous les rouages de son administration. Elle avait désormais entre les mains les rênes du gouvernement que Dieu lui confiait.
Nous allons dire au chapitre suivant comment elle sut les tenir avec zèle et prudence, avec fermeté et charité.