LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
tent, celui-là supprime l'intermédiaire et agit par lui-même. Beaucoup peuvent se ressembler; maisnombreux sont aussi ceux qui se distinguent par une manière propre, par un trait personnel.
Or cette caractéristique, chez la révérende mère Saint-Maurice , nous semble avoir été une action directe sur ses inférieures, où le cœur se donnait d'autant mieux qu'il se sentait garanti de toute faiblesse par une grande sûreté de principes et une grande fermeté de caractère.
Le premier moyen que lui fournissaient la règle et les usages de la Présentation pour atteindre toutes et chacune de ses filles, c'était la relation commune sous forme de circulaires. Ce genre de lettres adressées à toute une Congrégation reste nécessairement dans des généralités ; mais en des mains intelligentes il est un excellent instrument pour maintenir les principes, dominer les divergences de vues, imprimer une direction homogène, entretenir dans un institut le bon esprit, l'esprit de la fondation, dont on est parfois tenté de davier ; c'est, en un mot, un fécond élément d'unité et d'union. Mère Saint-Maurice le comprit ainsi. Sa première circulaire annuelle, datée du 8 décembre 1863, rappelant le mot de « charité » avec lequel s'était confondu le dernier soupir de la
vénérée mère Arsène, insiste tout spécialement sur l'union des cœurs et l'esprit de famille. Cette belle lettre est vraiment l'expression d'un cœur maternel ; mais elle est en même temps la manifestation d'une âme supérieure, ayant à un très haut point l'intelligence de la vie religieuse.
Toutes les circulaires qui suivirent celle-là furent dans le même ton. Grand serait notre embarras s'il fallait en faire un choix ; car elles sont toutes substantielles, empreintes d'une doctrine irréprochable et d'une remarquable élévation de sentiments.
Mais la lettre qui fixe la pensée et traduit la direction d'une supérieure ne suffit pas à son bon gouvernement ; elle ne remplace ni le regard ni la parole directe. Aussi mère Saint-Maurice tenait-elle à rencontrer personnellement toutes ses filles.
Aux Retraites elle en voyait avec bonheur un grand nombre, groupées autour d'elle. Accessible à toutes, elle savait vis-a-vis de chacune prendre le ton qui lui convenait, relevant les endolories, fortifiant les faibles, encourageant les ferventes et possédant d'une façon bien remarquable ce don de réprimander, au besoin, avec fermeté et de panser ensuite la blessure par un mot ou une attention.
Les sœurs qui n'étaient pas à ces grandes réunions ne demeuraient point pour cela privées de