LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
leur mère. Celle-ci allait les trouver, visitant tour à tour, ainsi que nous le dirons plus loin, toutes les maisons qui abritaient les âmes placées sous sa garde.
Enfin une incessante correspondance particulière complétait ces moyens d'action. Avec d'éminents administrateurs, mère Saint-Maurice pensait que la communication épistolaire , lorsqu'elle est directe entre le supérieur et l'inférieur, gagne facilement la confiance de celui-ci et augmente l'influence de celuilà. Elle se faisait donc une règle de conduite de répondre elle-même autant que possible aux lettres des sœurs ; et quand elle était obligée de se servir d'une secrétaire, elle ajoutait de sa main une pensée, une phrase, un mot : c'était assez pour en dire beaucoup, parce que le cœur l'inspirait toujours.
Celle qui allait ainsi a ses inférieures ne savait pas moins bien les accueillir. Elle avait une vertu qui manque parfois malheureusement aux dépositaires de l'autorité, elle savait écouter. Aux observations qui lui étaient respectueusement présentées, aux explications qui lui étaient données elle prêtait toujours une oreille attentive. Elle laissait parler, ne manifestait rien qui fût de nature à déconcerter ou à gêner l'interlocuteur. Un sourire inaltérable régnait sur ses lèvres, alors même que la pensée exprimée devant
elle fût contraire a son propre sentiment. Et si l'exposé qui lui était fait jetait un nouveau jour sur une question et lui montrait qu'elle s'était trompée, sans balancer un instant elle l'avouait et elle revenait sur son premier jugement : ce qui était la preuve la plus éclatante de sa droiture et de sa parfaite loyauté. — « Racontez-moi comment cela s'est passé » , disaitelle un jour à une sœur qu'elle avait cru devoir gronder. Et encouragée par le regard de la mère, la pauvre fille faisait du délit qu'on lui reprochait un simple et véridique récit. Mère Saint- Maurice écoutait en silence. — « Comment ! s'écria-t-elle quand cette « narration prit fin, comment ! il n'y a pas plus?... « Et moi qui vous ai réprimandée. Je m'étais donc « trompée ; oh ! je le regrette bien. Oubliez cela, « ma pauvre enfant !» — Et la pauvre enfant estimait que la peine qu'elle avait portée de cette erreur n'avait point payé trop cher la joie d'une semblable réhabilitation.
Nous avons dit que cette condescendance ne pouvait point dégénérer en faiblesse, parce qu'elle s'alliait merveilleusement à une indomptable fermeté.
Gardienne incorruptible de la Règle, mère Saint- Maurice ne transigeait jamais sur les principes qui servaient de base et d'appui à la Congrégation. Toutes les fois qu'elle était sollicitée d'accorder un ser-