LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
•vice ou une permission, du moment qu'il ne s'agissait que de déployer son zèle ou celui de ses filles pour le bien, elle ne marchandait pas. Mais si l'objet de ces requêtes entamait tant soit peu les saintes constitutions de la Présentation, rien ne la faisait plier. Elle demeurait ainsi inébranlable, quoi qu'il pût lui en coûter. On le vit bien un jour où des reproches amers échappèrent, dans un moment d'émoi, aux lèvres d'un bon curé qui n'obtenait point telle concession qu'il désirait. La mère, sans se départir un seul instant du respect qu'elle professait pour le sacerdoce, resta aussi calme qu'invariable dans sa réponse. Elle prit pour elle les paroles désobligeantes et conserva à sa Congrégation l'inviolabilité de sa Règle.
La Règle! c'était son critérium le plus sûr et le plus aimé ; c'était pour elle la dernière et irréformable raison. La direction qu'elle imprimait à ses filles reposait sur cette base ; et toute maternelle qu'elle fût, sa manière de conduire les âmes dans leur sainte vocation portait toujours un cachet de fermeté et de vigueur qui n'autorisait pas plus la lâcheté que le découragement. Avec sa vigilance pleine de perspicacité, cette supérieure incomparable allait au fond du cœur presque du premier coup, démasquait une batterie de l'esprit mauvais et d'un mot faisait ces-
ser ou les hésitations ou les mollesses. Rencontraitelle sur son passage une pauvre ennuyée, elle devinait son trouble, — « En haut le cœur t> , lui disaitelle. — Parlait-elle a la Communauté aux heures difficiles dont ces dernières années ont été si tristement fécondes, c'était un mâle langage qui débordait de sa grande âme : — « La pratique seule de la « vertu nous donne le bonheur... Nous ne devons « jamais fuir une croix... Quand nous pouvons dire: « Je suis où le Bon Dieu veut que je soist je fais ce « que le Bon Dieu veut que je fasse, que pouvons- « nous craindre? » — De semblables accents valent plus que des discours.
Cet harmonieux mélange de douceur et de fermeté fut la marque la plus ordinaire de tous les actes d'administration de mère Saint-Maurice.
Lorsqu'en 1870 la guerre vint désoler notre pays, quelles inquiétudes et quelles chimères hantèrent les esprits ! Ne vint-on point parler au couvent du Bourg de licencier le noviciat! — « Il n'est pas prudent, disait-on, de garder tant de jeunes personnes en des temps comme ceux-ci. » — La mère générale accédant aux désirs des parents que tourmentait la crainte, ouvrait la porte avec douceur à celles que réclamaient leurs familles. Mais pour montrer que sa foi personnelle n'était point ébranlée : —