LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE
sainteté, expliquant le mystère de la force surhumaine avec laquelle tant de combats avaient été soutenus. Rosalie Borgel, intelligente et mieux encore illuminée par sa foi, ne se fit point illusion : elle sentit qu'une grande âme l'accueillait et qu'un grand cœur lui était ouvert. Et tandis que, tout émue, la novice n'osait fixer de trop près ce type accompli de Ja Religieuse, qui lui apparaissait au seuil même de sa propre vie d'abnégation, la Mère attachant son profond regard sur sa nouvelle enfant, considérait en silence sa taille élevée, son port déjà plein de noblesse, ses yeux franchement ouverts, ses traits bien définis dans leurs lignes, tout cet ensemble caractéristique dont la nature revêt si souvent les âmes fermes et fortement trempées. --— Quelle scène, si, déchirant le voile de l'avenir, on avait pu deviner Mère Saint-Maurice en face de Mère Rivier !
Mais, pour n'être point si complète, l'intuition de la vénérable fondatrice n'en apprécia pas moins le sujet que la Providence envoyait à son œuvre. Elle résolut sur l'heure de ne rien laisser perdre d'un tel trésor.
Le 21 novembre suivant, Rosalie Borgel prenait le voile.
La voici donc au noviciat du Bourg. La se dessine
davantage sur elle l'action de la grâce, dont Saint- Julien n'avait connu qu'une ébauche.
Elle sait bien qu'entrer en religion ce n'est ni se dérober au travail, ni s'exempter de la lutte, mais se donner le secours d'une Règle pour mieux combattre et ajouter au labeur du chrétien la sainte entreprise de la perfection évangélique. Elle sait bien également que cette perfection ne s'atteint pas en quelques mois ; c'est l'œuvre de toute une vie. Le noviciat n'est pas un moule où s'achèvent les grandes vertus religieuses ; il en pose seulement les bases indispensables , sur lesquelles l'édifice s'élèvera : l'humilité qui tient l'esprit à sa place, la mortification qui dompte la chair et ses convoitises, la charité enfin qui dilate le cœur, le fixe en Dieu et le rend capable de tout faire pour Notre Seigneur.
L'humilité fut la première vertu qui séduisit l'âme de Rosalie à l'entrée du couvent. — « Quand je suis « venue dans la Congrégation, avouait-elle un jour, « je ne m'y suis présentée que dans la pensée d'y « être regardée comme le balai de la maison. » — N'était-ce pas une inspiration divine? On est tenté de le croire en songeant aux œuvres que la novice de 1834 accomplira plus tard, si l'on se rappelle le mot si juste de S1 Grégoire : « Celui qui fait des actes de vertu sans humilité porte de la poussière au