‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 13 sur 188 · LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE

vent » \ Faire de grandes choses extérieures, telles .que les demande quelquefois le Seigneur pour sa gloire, et n'être pas humble, c'est-à-dire ne pas savoir attribuer à Dieu seul tout le bien, à soi seul toutes les défectuosités : n'est-ce pas s'exposer à se perdre? Et si l'on est intelligent ! Mais c'est alors qu'il faut être beaucoup plus humble encore pour ne point s'égarer dans ses propres lumières.

Cette pensée nous explique pourquoi Rosalie Borgel aima passionnément l'humilité, à l'exemple et sous la conduite de la vénérable mère Rivier. Bientôt ses progrès dans cette vertu réjouiront le coeur de la sainte fondatrice. — « Pourquoi, lui dira celle- « ci un jour qu'elle l'invitera à s'asseoir à ses côtés, « pourquoi vous mettre sur ce prie-Dieu? C'est « trop bas pour vous. » — « Je serai ainsi plus pe- « tite et plus humble, » répondra la fille à sa mère. • — Et Rosalie, à son tour devenue la mère de cette grande famille, répétera souvent à ses filles : « Fai- « tes-vous bien petites, faites- vous toujours bien « petites. »

La formation de cette humilité dans l'âme de la novice fut le résultat d'une constante prière qui la demandait à Dieu et d'un constant effort qui en re-

(1) In psalm. pœnitentiœ.

cherchait l'exercice. Telle était la vigilance de son esprit sur ce point important qu'elle s'étonnait qu'on remarquât si peu ses défauts et se plaignait qu'on ménageât beaucoup trop son amour - propre. Et quand elle le disait, c'était si simple, si naturel, si droit, que personne n'eût jamais songé à y voir autre chose que l'accent de l'humilité la plus réelle.

La mortification fortifia l'œuvre de l'humilité et la continua. Elle est nécessaire non seulement pour servir de barrière contre les envahissements de l'esprit mauvais, puisque « tout héritage non entouré sera ravagé », dit l'Esprit-Saint 1 ; mais elle est nécessaire encore pour que, brisant jusqu'au sacrifice toutes les attaches de ce monde, l'âme qui s'est humiliée s'élance jusqu'à Jésus et s'y fixe. Voilà pourquoi Notre Seigneur disait à S1 François d'Assise : « Si tu veux me posséder accepte les choses amêres comme autant de douceurs ! » 2 Une novice, pour bien répondre à sa sainte vocation, ne doit pas l'oublier ; elle ne perdra pas de vue ce principe de S1 Liguori : « Ce qui répugne à la chair c'est là ce que nous devons aimer ; ce qu'elle demande, il faut le redouter » 3.

(1) Eccli. xxxvi, 27.

(2) Vie de S. François d'Assise.

(3) La véritable épouse de J.-C.

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