LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
Revenons aux visites de la supérieure générale dans les couvents de son Institut.
Nous avons indiqué l'activité avec laquelle, pour accomplir cette tâche, elle franchissait les espaces, sans se laisser attarder par la fatigue ou par la sollicitude de ses filles à l'égard de sa santé. On n'apprendra pas maintenant sans intérêt quelle était sa façon de procéder dans ce coup d'œil de supérieure a qui rien ne devait échapper.
Dès le matin du premier jour, après avoir fait ses exercices de piété, elle inspectait jusqu'aux moindres recoins de la maison et se rendait compte de l'état des constructions et de l'ordre qui présidait à l'aménagement intérieur. Ce côté matériel de son programme étant rempli, elle voyait chacune des sœurs en particulier, l'interrogeant et l'écoutant avec une bonté parfaite et une patience, que les moins taciturnes ne venaient jamais à bout de lasser. Puis, après avoir donné a chacune en particulier les avis et les conseils intimes qui convenaient a son âme, elle assemblait la communauté autant de fois que cela lui paraissait utile, pour lui présenter avec sa sûreté de principes et sa bienveillance maternelle, ses félicitations et ses encouragements , au besoin même ses admonestations. Toujours, sa grande préoccupation était de
faire vivre, chez toutes les filles de la vénérable mère Rivier, l'esprit des saints fondateurs de l'Institut et surtout un ardent amour de l'humilité et de la simplicité.
Entre temps, sa pensée et son cœur volaient à la maison-mère ; et la correspondance ne chômait point au cours de ses voyages.
Cette assiduité à se rendre compte par elle-même de l'état de ses maisons, la façon magistrale dont elle en dirigeait les intérêts, la condescendance plus remarquable encore avec laquelle elle s'occupait de chacune de ses filles : tout cela ne pouvait point rester infructueux.
Au point de vue administratif, les résultats en furent des plus heureux. L'ordre, l'union, une discipline aussi régulière que douce et facile entretenaient cette vie familiale dont la Présentation est coutumière. Les œuvres de l'Institut se maintenaient prospères ; une floraison nouvelle s'en fut épanouie ça et la plus largement encore, si l'on avait pu satisfaire aux nombreuses demandes de fondation adressées à îa maison-mère, et si la supérieure générale n'eût sagement tenu à ne point dilater ses tentes au risque d'en diminuer la solidité.
Plus magnifiquement la vie spirituelle de chacune des filles de la Présentation tira profit de cette cons-
tante sollicitude de leur mère. — « Les visites de « notre mère, répétait-on souvent, nous font le plus « grand bien et surtout nous réconfortent l'âme. » — Ses conseils et ses exhortations n'étaient, en effet, épargnés à personne. Son exemple d'ailleurs n'était-il pas une prédication vivante? En présidant aux exercices de la Communauté où elle se trouvait, elle portait k la piété riej) que par son attitude ; elle devenait un modèle de régularité saisissable k toutes, excitant les faibles et encourageant les plus généreuses. Et puis, quelles leçons de simplicité et d'humilité se produisaient sous ses pas ! Ce n'est pas elle qui eût consenti jamais k être un embarras pour la maison qu'elle visitait. On l'a vue dans une petite communauté où sa présence ne multipliait point ks bras, entrer, comme tout naturellement k la cuisine, en disant à la sœur qui l'accompagnait : — « Pro « nons un tablier pour aider aux fourneaux » . — Arrivait-elle à l'improviste et s'inquiétait-on de pourvoir k ses besoins, elle avait sur les lèvres quelque mot semblable a celui qu'elle dit, un jour, k Saint- Michel du Bourg. Elle s'y présentait k l'heure même du dîner. La bonne sœur Gasparine se confondait en excuses, peu satisfaite sans doute du menu du jour qu'elle avait préparé pour la Communauté mais qu'elle ne trouvait pas digne d'une générale. —
« Allons, lui dit mère Saint-Maurice, ce qui est bon « pour les filles n'est-il pas bon pour la mère ? »
Elle ne se croyait, en effet, élevée au-dessus des autres que pour leur donner, avec ses enseignements autorisés, l'exemple des vertus auxquelles Dieu les appelait. La vigilance, qui fixait ses yeux sur les âmes commises a ses soins, ne lui laissait point oublier que celles-ci avaient le droit de la regarder à leur tour pour s'édifier et mieux aller à leur divin Maître.