LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE 2M
s'était éloignée d'elle : recevoir, comme les maisons de France, la visite de la révérende mère générale. Celle-ci n'était point femme à résister à une tentation de ce genre. L'assaut, que livraient a son cœur les cœurs de ses filles d'oulre-mer, devait réussir, puisque les assiégeants avaient dans la place même plus qu'une intelligence, une vraie connivence.
Aussi personne ne s'étonna, malgré la peine inquiète que Ton éprouva autour d'elle, quand, le 11 mars 1867, mère Saint-Maurice partit du Bourg pour le Canada.
C'est à Brest qu'elle s'embarqua, cette (ois, en compagnie de M. Moreau, l'excellent secrétaire de l'évêché de Saint-Hyacinthe, qui revenait de Rome. La traversée fut dure pour la pauvre voyageuse. Celle-ci du reste l'avait bien prévu, car l'expérience en était faite ; et sa santé, assez délabrée à cette époque, n'avait pu lui promettre plus de résistance qu'autrefois. Mais cette perspective ne l'avait pas arrêtée un seul instant. Une souffrance et un sacrifice ne comptaient pas quand il s'agissait de faire du bien à sa famille religieuse.
Le 28 mars, on était à New- York ; le 50, à Saint- Hyacinthe.
La sœur Sainl-Marc, que nous y avions laissée et qui depuis était rentrée en France, accompagnait
dans ce voyage la révérende mère générale. Qui pourrait dire les émotions de ces deux âmes, se reportant k l'époque de leur première venue au Canada? Et tandis que l'ovation la plus enthousiaste accueillait mère Saint-Maurice sur ce sol fécondé de ses sueurs et de ses larmes, cette mère, l'esprit élevé en Dieu, contemplait dans un muet amour les voies divines par lesquelles le Seigneur avait accompli ses œuvres. A Dieu seul elle rapportait tout honneur et toute louange : et c'était dans la simplicité la plus vraie de son âme que, selon le conseil de Jésus, elle se croyait encore « une servante inutile &1
L'œuvre de Dieu, en effet, n'avait cessé de s'accomplir depuis quatre ans. Le personnel de la Présentation canadienne avait si bien augmenté que mère Saint-Maurice dut ordonner d'agrandir le Noviciat. M. Désaulniers était toujours le supérieur dévoué des filles de la vénérable mère Rivier. Enfin, l'autorité épiscopale restait envers elles fidèle à l'héritage de Msr Prince. Elle avait, il est vrai, passé en d'autres mains. De précoces infirmités, honorables blessures reçues au champ de bataille du dévouement, avaient forcé Mgr Joseph Laroque de se démettre de son siège. Un de ses parents, Mgr Charles Laroque,
(1) Luc, xvii, 10.