‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 134 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

l'intention d'en braver encore les périls. Mais d'autres dangers attiraient, à cette heure, l'attention ; d'autres nuages montaient sur l'horizon. La France catholique s'inquiétait, en présence d'une nouvelle législature au lendemain d'une crise électorale. Etait-ce le moment de quitter son poste?

D'autre part, cependant, un grand bien devait évidemment résuller de ce voyage au Canada. Mère Saint-Maurice ne connaissait pas plusieurs des nouvelles fondations. Depuis sa dernière visite, le personnel avait augmenté et un bon nombre de sœurs n'avaient jamais vu leur mère générale. Ne fallait-il pas, sans plus attendre, resserrer les liens nécessaires à l'union de la Présentation entre les deux continents.

Que faire? On était perplexe. Mère Saint-Maurice usa de son moyen habituel ; elle fit et ordonna des prières. Puis, ayant demandé et reçu l'avis de quel^ ques conseillers sages et prudents, elle décida qu'elle partirait, confiante en la vigilance de Marie sur sa famille.

C'est le 15 avril à cinq heures du matin que l'intrépide supérieure générale quitta Bourg-Saint-Andéol accompagnée de deux sœurs.

Fourvières, Notre-Dame des Victoires et la chapelle provisoire de Montmartre marquent les saintes

étapes du trajet jusqu'à rembarquement. La mère Saint -Maurice souffre beaucoup en ces premiers jours de voyage et ce n'est pas sans mélange d'inquiétude que ses compagnes admirent son énergie. En passant à Paris, une bénédiction du vénéré cardinal Guibert la réconforte. Et la voilàrle 22 avril, à bord du Canada, de la compagnie Transatlantique.

Trois pères du Sacré-Cœur et une respectable famille de Lyon sont les premières connaissances qu'elle fait en arrivant sur le paquebot. Mais celui-ci a d'autres passagers. Acteurs et actrices, chanteurs et chanteuses, touristes et industriels forment la plus bruyante caravane que l'on pût ne pas désirer. Tout ce monde va à l'exposition de Philadelphie ; tandis qu'en troisième classe des émlgrants sont assez nombreux, quittant l'Europe pour le Nouveau- Monde. On le voit, en somme, tous, y compris les sœurs et les pères, courent après la fortune : il s'agit seulement de savoir où elle est.

La traversée ne fut pas trop mauvaise ; mais la supérieure générale paya à l'Océan son tribut habituel. On fut, du reste, pour elle plein d'égards. Ellemême relevait le moral de ses sœurs et leur répétait ce quatrain, une réminiscence de vingt-trois ans :

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