LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
Il est là-haut pour vous un trône Qu'il faut conquérir ici-bas.
Allez, mes sœurs, une couronne Sera le prix du Canada.
Les consolations spirituelles ne manquèrent pas non plus. La conversation des bons pères du Sacré- Cœur était salutaire à l'âme ; et nos sœurs en bénissaient Dieu, chaque jour. Puis, le 1er mai, un certain nombre de passagers, les religieuses et les pères se réunirent dans un salon ; et Ton ouvrit le mois de Marie. Quelle poésie devaient revêtir ces élans des cœurs vers YEtoile de la mer, tandis que les ondes étaient là avec la majesté de leurs vagues ! Un chant a la Madone, accompagné par le clapotis des flots, a toujours un charme particulier.
Treize jours ayant suffi à la traversée, on débarquait à, New-York le 5 mai, premier vendredi du mois.
Avant d'atteindre Saint-Hyacinthe, la révérende mère générale' voulut s'arrêter à Glens-Falls. Mais auparavant, elle passa par Albany, pour en saluer Tévêque qui s'était montré d'une bienveillance extrême pour cette fondation.
Les sœurs de Glens-Falls eurent donc les premiè-
res la visite de leur mère. La réception qu'elles lui firent fut vraiment digne de celle qui en était l'objet. L'ingéniosité des religieuses n'est jamais a court pour traduire les plus fins sentiments : de quelles ressources n'usèrent-elles pas en cette circonstance, puisqu'il s'agissait de fêter « la bonne mère Saint- Maurice » , — c'est ainsi qu'on l'entend appeler tout le long de ce voyage.
Le 9 mai, après un arrêt à Montréal où deux sœurs viennent à la rencontre de la révérende mère, on se dirige vers Saint- Hyacinthe. Il est minuit lorsque l'on entre en gare. Inutile de dire par qui et dans quel but a été choisie cette heure tardive. Mais, si l'humilité a ses petits calculs, le cœur a aussi ses ruses pour les déjouer. Mère Saint-Maurice a voulu éviter la foule ; et voici que la gare est pleine d'amis qui s'empressent, l'acclament et la félicitent. Mère Saint-Maurice a voulu l'ombre ; et voici que sa maison est illuminée pour la recevoir. On ne peut rien imaginer qui soit à la fois plus pittoresque, plus noble et plus religieux que ce retour nocturne de la fondatrice des missions canadiennes dans le champ qu'elle avait elle-même défriché et dont elle avait recueilli les premières moissons. Bientôt on est à la chapelle. Le Te Deum est psalmodié ; et avec quels accents ! Le respect des Constitutions peut seul em-