‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 147 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

« priez donc notre vénérable mère Rivier de vous « guérir. » — A une autre qu'elle rencontre promenant un visage déconfit et regardant tout d'un œil morne : — « Ah ! ça, ma pauvre enfant, vous res- « semblez à une mater dolorosa ! Qu'avez - vous « donc? » — Et elle l'emmène dans sa chambre, l'encourage, lui indique des livres appropriés à son état et lui glisse dans la main une boîte de pastilles, en disant : — « Les lectures feront du bien à l'âme « et ceci fera du bien au corps. »

Mais a quoi bon raconter des anecdotes? Ne se résument-elles pas toutes dans ces deux mots : — « Je me dois à mes filles ; et mon délassement le « plus doux est de leur faire du bien » . — Elle parlait ainsi un jour qu'on lui conseillait ie repos. Et, cherchant une autre fois à diminuer son mérite, elle ne faisait que l'accroître en disant : — « S'il est pé- « nible d'être supérieure, il est bien doux d'être « mère. »

Le lecteur trop sentimental qui s'arrêterait à ce que nous venons d'écrire aurait peut-être la tentation de croire qu'il y avait dans ce cœur un excès de naturel et de féminin ; qu'il se désabuse.

A une sœur trop enthousiaste qui roucoulait un jour : — « Notre mère est bonne, infiniment bonne, » — mère Saint-Maurice répond vertement: — «Dieu

« seul est infini et les créatures sont très bornées. » « — Et cette virile répartie peut trouver son commentaire dans cette phrase que nous détachons d'une circulaire : — « Mes filles, je vous aime, je vous aime de plus en plus ; et de plus en plus je souhaite votre bonheur, qui ne peut être, pour vous comme pour moi, que dans la pratique des vertus religieuses. »

>Ce dernier mot est révélateur. Cette mère, en effet, aimait chaleureusement ses filles ; mais, pour Dieu et pour les mener à Dieu.

Aussi bien les aimait-elle sans faiblesse. — « Je vous avertis en mère et en vraie mère qui ne cherche que le bien de ses filles » , écrivait-elle à une sœur. Et à une autre : — « Je vous aime en vraie mère, quand je vous gronde bien fort. »

Tel était donc le véritable caractère de celte dilection profonde, délicate et tendre qui embrasait, pour ses filles, le cœur si bon de la mère Saint-Maurice. L'œil fixé sur un idéal de perfection d'après lequel elle voulait mouler toutes les âmes, cette mère ressemblait à un artiste qui chérit son œuvre parce qu'il veut y réaliser sa haute conception. Mieux encore, on eût dit d'un général conduisant ses troupes à la victoire.

Suivons-la ici quelque peu sur ce terrain, puisque c'est celui de son affection vraie pour ses filles.

Et d'abord, pour combattre avec succès, il faut de la discipline. L'obéissance en est la première condition requise ; mais elle est aussi efficace que nécessaire. — « J'espère beaucoup, disait mère Saint- « Maurice, et j'attends de grands progrès, dans la « perfection, d'une âme obéissante » . — Mais quelle obéissance faut-il ? Entendons-le : — « Je crains « souverainement, ajoute-t-elle , l'obéissance qui « éplucbe, qui cherche le pourquoi et le comment « d'un ordre ou d'une défense. La vraie obéissance « dit : C'est Dieu qui parle, avançons. Ces âmes-là « ne se trompent jamais ; elles ont pris le chemin « le plus droit pour arrriver à une haute perfec- « tion. »

Que de choses en ces quelques mots ! Et quelle vérité dans ceci : « Ma fille, j'aime cent fois mieux « trouver une âme dans une obéissance parfaite et « une humilité profondé que de lui voir ressusciter o un mort. »

Mais avec cette soumission qui accepte le divin vouloir exprimé par les ordres de l'autorité, il faut à l'âme, « qui milite pour le ciel » , une grande énergie de volonté. C'est a ce prix que l'on triomphe des tentations, des peines et des difficultés. — « Dites a un bon : Je le veux; et vous verrez que vous pouce vez plus que vous ne croyez pouvoir » , disait

mère Saint-Maurice à une sœur. Et à combien d'autres elle a donné par une parole analogue la première et décisive impulsion de la vie parfaite.

Enfin, il ne suffit pas que la volonté se courbe sous l'obéissance ou qu'elle s'élève en de saintes énergies, il faut qu'elle s'impose a elle-même la loi de l'immolation : c'est V esprit de sacrifice. — « Quel « est l'objet auquel vous tenez le plus? » demandait un jour la mère à l'une de ses filles, qu'elle voulait faire progresser. — « Ma petite statue de S1 Joseph, « ma mère. » — « Allez la chercher, ma fille ; pré- « cisément telle sœur n'en a point dans son em- « ploi, vous allez la lui donner, portez la lui vous- « môme. »

Quelle simplicité dans cette tactique ! Elle a produit des merveilles. Elle détruisait ce misérable égoïsme qui est le principal obstacle à la perfection et dont la sage supérieure écrivait un jour: — «C'est le cas de dire que votre intérieur est une vraie pétaudière dont il faut chasser la sœur Moi. »

En conduisant de la sorte aux saints combats la virginale légion qu'elle commandait, la mère Saint- Maurice se gardait bien de modifier la vieille armure chrétienne : l'épée de la prière et, comme bouclier, V union avec Notre Seigneur.

La prière î Nous savons l'usage qu'elle en faisait

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