‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 148 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

pour elle-même. Elle la voulait surtout au cœur a l'heure de la tentation. Pas de progrès sans oraison. C'est la doctrine de tous les auteurs mystiques. — « Mettez un grand soin, ma chère fille, répétait « mère Saint-Maurice, a bien préparer votre orai- « son puisque c'est l'âme de la vie religieuse. Hélas! « que devient un corps séparé de son âme » — Et elle recommandait à toutes de tendre toujours à l'union la plus étroite avec Notre Seigneur, soit par la sainte communion, que l'on ne doit jamais abandonner par des motifs de vain scrupule, soit par la souffrance dont Jésus a fait le prix de notre rachat. — « Rappelez-vous, disait-elle, que pour bien com- « munier il faut souffrir et que pour apprendre à « bien souffrir il faut communier. »

Aussi bien, pour elle, tout était dans le total abandon de l'âme à la volonté divine. Elle le souhaitait ardemment à ses filles, dans la même mesure, qu'elle le recherchait pour elle-même et que révèle la prière suivante, entièrement écrite de sa main.

— « Jésus, Marie, Joseph, je viens m'offrir à vous pour dire, faire et souffrir tout ce qui sera de votre bon plaisir pendant cette journée. Seulement je vous prie de me dicter tout ce que je devrai dire, de me guider dans tout ce que je devrai faire et de me choisir tout ce que je devrai souffrir. 49

« En votre présence, Jésus, Marie, Joseph, je supplie tous les anges, tous les saints et saintes du ciel de me protéger, de veiller sur moi, de prier pour moi. Je m'adresse spécialement à tous mes saints patrons, a mon vénéré père Vernet, à ma sainte mère Rivier, à ma vénérée mère Arsène et à toutes nos saintes sœurs du ciel. Oh ! je vous en supplie, obtenez-moi la grâce d'accomplir aujourd'hui et tous les jours de ma vie, les desseins de Dieu sur moi ; que je ne m'écarte en rien de son bon plaisir. Ainsi soit-il. »

Avec une intelligence si profonde de la vie parfaite, ce cœur qui cherchait Dieu et le voulait faire trouver 'a ses filles tendrement aimées, devait être nécessairement un appui pour les âmes hésitantes ou endolories.

Que de batailles elle a fait gagner en jetant dans la mêlée des cris comme celui-ci : — « Ma fille, € vous n'êtes pas seule a parcourir la route royale « de la croix. Le premier des prédestinés et tous les « autres après Lui ont suivi cette voie sanglante. a Notre vénérable mère Rivier n'a pas eu d'autre c pain a manger que le pain noir de la tribulation. « Une enfant doit-elle être mieux traitée que son « père et sa mère?» — Et cet autre : — « Ma fille,

Page 1