‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 149 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

« tenez vous calme, bien calme. Vous savez bien « que Dieu sait tout et qu'il vous aime. »

Le lecteur sait déjà comment l'affection de la mère Saint-Maurice se dilatait à l'égard des postulantes qui venaient demander leur admission a la vie religieuse. Quels accents maternels, quelle condescendance les accueillait ! De quelles attentions elles étaient l'objet !

Trouvera-t-on qu'à soigner de jeunes plantes le cœur ait pu savourer un plus grand charme? Nous n'y contredirons pas, puisqu'il s'agissait de les faire fleurir sur terre pour le ciel. Mais, à coup sûr, si du printemps nous passons à l'automne, on conviendra que le surnaturel pouvait seul maintenir le cœur de mère Saint-Maurice, toujours si absolument semblable à lui-même en des milieux aussi différents. Il nous reste, en effet, à dire un mot de sa tendresse envers les aînées de ses filles.

Tout vieillit en ce monde, ou plutôt nous vieillissons. Or, quand une âme a prodigué toute sa vigueur aux travaux de l'apostolat, de l'enseignement et de la charité, il n'est pas rare que ses forces trahissent son courage. Les feuilles tombent parfois bien vite des arbres où la vie religieuse s'épanouit, dans le champ de l'Eglise. Mais il en est aussi qui déjà desséchées demeurent encore quelque temps

suspendues aux branches, avant de disparaître ; leur rôle est de transmettre la tradition et de servir de modèle aux rejetons nouveaux dont se couvre chaque année le tronc que Dieu bénit. Devant les anciennes de la famille les jeunes s'inclinent. Ce n'est pas seulement l'âge que l'on salue ; c'est surtout le mérite d'un long combat, c'est l'honneur, la gloire de sa maison.

Ainsi le comprenait la mère Saint-Maurice ; et à l'égard des vénérables sœurs, vieillies au service de la Congrégation, elle laissait déborder son cœur. Elle traitait cet extrême de la vie terrestre avec les gâteries, dont le monde comble l'autre extrême d'une manière souvent trop imprudente. Ne l'a-t-on pas vue chercher à récréer « ses vieilles » de mille façons maternelles? N'a-t-elle pas inventé, un jour, de leur donner comme aux enfants une grande prome* nade? Sortir de son gîte habituel, aller en voiture, faire école buissonnière à soixante-quinze ou quatrevingts ans !... et, en compagnie de sa mère ! Ce fut pour ces respectables sœurs une joie inexprimable !

Et puis, quelle délicatesse et quel tact insinuant, quand il fallait grossir leurs rangs d'un sujet pour qui la vie active n'avait point encore perdu tous ses attraits! Voici, un jour, une bonne directrice qu'il convient de déposer d'une charge devenue trop lour-

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