LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
de pour ses épaules affaiblies. Or, elle tient à sa maison. Elle y a vécu si longtemps ; tout le monde l'aime ; il lui semble (à elle seule, il est vrai,) que tout marche bien, que rien ne souffre.... Cependant l'obéissance l'exige, elle part ; la voilà au repos. — « Ma mère, dit-elle quelque temps après à la supé- « rieure générale, je ne puis plus prier. Le souvet nir de notre établissement me suit partout, même « à l'église. Je vivais en si grande union avec nos « sœurs; les enfants étaient si bonnes, si dociles! « Et puis, je travaillais encore un peu pour la Con- « grégation... » — Un sourire accueille cette déclaration. Ecoutez la réponse : — « Ma bonne vieille, « quand vous ne pouvez pas prier, pensez aux nom- « breux et si grands besoins de votre pauvre mère. « Allez devant le tabernacle et faites à mon inten- « tion une méditation sur la Passion... Tenez, vous « voudriez bien me soulager et travailler pour la « Congrégation, n'est-ce pas? Eh bien, vous êtes « sûre de réaliser ce double but, en faisant ce que « je vous dis. Allons, soyez un fervent Moïse main- « tenant et priez pour les Josué qui combattent. » — Et la vénérable sœur, qui au fond désirait rester dans la plaine, était subitement ravie d'aller rejoindre Moïse sur la montagne et finissait par s'y trouver fort bien et encore fort utile.
On ne nous pardonnerait pas de ne point noter ici que c'est la mère Saint-Maurice qui fit à Bourg- Saint - Andéol l'installation si bien comprise des sœurs anciennes ou infirmes. Elle avait songé à les rétablir à Thueyts, berceau de l'Institut. Mais les nobles invalides eurent le cœur serré a la pensée d'être éloignées de leur mère, qui pour elles valait mieux que le berceau. Celle-ci s'émut facilement, disons volontiers, de leur chagrin ; elle leur fit aménager Sainte-Chantal. C'est de ce nom que l'on désigne la partie du couvent affectée au séniorat. Ne fallait-il pas que tout y rappelât un cœur de mère ? Mère Saint-Maurice le faisait assez comprendre ; et c'est vraiment des plus âgées comme des plus jeunes qu'elle pouvait dire le mot consigné au début de ce chapitre : — « Mes lauriers, ce sont mes filles » .