LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE
ardente et dévouée qui ne dira jamais : c'est assez ; cette fille qui ne saurait jamais qu'obéir ; cette sœur missionnaire qui jamais ne reculera ; cette mère qui jamais ne commandera que par le cœur ; cette supérieure générale qui ne faiblira jamais ni dans l'exercice de l'autorité, ni dans la maternelle tendresse?
Or, nul devoir qu'impose la sainte charité ne fut inconnu dès le noviciat à Rosalie Borgel. Aimant Dieu de tout son cœur, elle le prouvait en pratiquant excellemment la charité envers les autres. D'un naturel très enjoué, toujours de bonne humeur, sans que sa gaieté n'empiétât le moins du monde sur le domaine des choses sérieuses, elle était la plus agréable compagne que l'on pût désirer. Mais aussi elle n'avait garde d'oublier qu'il faut aimer le prochain pour lui et non pour soi. Rendre service à ses sœurs lui était un bonheur. Toutefois son premier but était d'être utile aux âmes surtout ; et, sa simplicité charmante y aidant, elle se tirait a merveille du difficile et trop négligé devoir de la correction fraternelle. Quand il fallait avertir une compagne, attirer son attention sur un manquement, sur un défaut, elle le faisait avec un tact si exquis, une modestie si parfaite que l'on comprenait aussitôt en elle l'action même de la divine charité.
Tel fut le noviciat laborieux et fécond de Rosalie
Borgel. L'œil fixé sur Dieu et « debout sur les choses terrestres » , comme il est dit des saints, elle pourra plus tard faire entendre à ses filles ce mot, que les femmes du monde à leur tour devraient bien méditer : « Voulez-vous être heureuse, soyez fem- « me de devoir. Voulez-vous être très-heureuse, « soyez femme de sacrifice. Voulez-vous être parfai- « tement heureuse, soyez femme d'abnégation. »
Avant de clore ce chapitre, il nous reste à dire un mot des essais que Ton dut faire des forces de la novice, pour éprouver ses aptitudes à remplir la vocation spéciale des sœurs de la Présentation.
Chaque ordre religieux, chaque congrégation, outre la voie générale de la pratique des conseils évangéliques, reçoit de Dieu une mission propre a exercer, un but particulier, une vocation spéciale. L'œuvre dont la vénérable mère Rivier eut la première inspiration *, alors que, clouée sur un lit de douleurs, elle paraissait si absolument incapable de l'accomplir, c'est l'éducation de l'enfance. Rosalie Borgel pourra-t-elle remplir cet office ?
Alais va nous le faire savoir.
La maison que les sœurs de la Présentation
(1) Vie de Madame Rivier, p. 4.