LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE
avaient ouverte aux jeunes filles de cette ville, fut le champ d'épreuve assigné à la novice. Elle y arriva le 1er juin 1855. Ses compagnes et ses élèves n'eurent pas a l'étudier longtemps pour la connaître. Nous la retrouverons plus tard à la tête d'une classe et l'y apprécierons, mieux que dans ces premiers débuts. Disons seulement que ceux-ci furent des plus heureux et eussent achevé, si elle n'eût été déjà faite, la conviction de ses supérieurs sur la vocation de Rosalie.
Rappelée a la maison-mère le 11 août 1856, elle ne songeait plus qu'à sa profession, que l'on espérait pouvoir fixer au 8 septembre suivant. Elle y était prête.
Mais Notre Seigneur impose souvent aux âmes d'élite des sacrifices particuliers qui les épurent davantage et davantage les rapprochent de son Cœur sacré. Un incident imprévu réclama subitement une maîtresse a la maison du Pont-Saint-Esprit. Aucune sœur n'était disponible dans le moment ; il fallait y envoyer une novice. La vénérable mère Rivier, regardant la jeune phalange qui l'entourait, se demanda quelle était celle a qui un contre-temps pouvait être un sacrifice à la fois pénible et vaillamment accepté. Elle ne balança point dans son choix.
Mlle Borgel, au lieu d'aller à la profession, prit le chemin du Pont-Saint-Esprit.
Ce mécompte ne fit qu'accroître son humilité. « Je dois avoir fait quelque sottise » , disait-elle. Mais à mesure qu'elle s'abaissait devant Dieu, le divin amour augmentait en son cœur.