CHAPITRE VJI
Son cceur et Dieu
Toujours la même. — La sainteté. — Retraites. — Un témoignage du travail de son âme. — Esprit de foi et de prière. — Conduite dans l'épreuve. — Abnégation et humilité vraie. Lutte entre une fille de Sainte-Thérèse et une fille de la vénérable mère Rivier. Scène plus intime. Un propos désavantageux. — Les saints. Dévotion bien entendue.
— « Notre mère Saint-Maurice est bien toujours la même! » — C'est par ce cri a la fois admiratif et affectueux que se traduisait souvent un sentiment assez universel. Les sœurs surtout qui avaient vécu avec la directrice de Saint-Gingolph. de Saint-Martial ou du Canada, lorsqu'elles la retrouvaient supérieure générale, ne pouvaient se défendre de reconnaître que son titre seul s'était modifié. Sortait-on de quelques minutes d'entretien avec elle, avait-on été l'objet d'une attention de sa part, il était difficile de ne pas dire : Quelle bonté ! Quelle condescendance ! Quelle simplicité ! C'est aujourd'hui comme autrefois ! Notre mère Saint-Maurice est bien toujours la même !
Or, quelque simple et naïf qu'il paraisse au premier abord, ce mot d'éloge spontané vaut un panégyrique, et des meilleurs. Il n'est pas donné à tout le monde d'être toujours semblable à soi-même. « Posséder ainsi son âme en ses mains » , selon le mot de l'Ecrilure, c'est ordinairement un symptôme de rare vertu ; et quand on en est à cette égalité d'humeur, k ce calme imperturbable au milieu d'affaires aussi complexes que celles qui incombent à une supérieure générale, surtout en des temps difficiles comme les nôtres, c'est la note d'un grand travail spirituel.
L'explication de ce trait si bien accentué dans la physionomie de la mère Saint-Maurice est dans l'effort persévérant de son âme vers la perfection, dans l'étroite union de son cœur à Dieu. C'est ce travail intime que nous voulons indiquer ici.
Une pensée capitale et absolument vraie entre toutes dominait l'âme de mère Saint-Maurice et excitait en elle les plus vifs désirs de la perfection. Elle était convaincue que, pour remplir son mandat de supérieure autant que pour son bien propre, la sainteté lui était nécessaire. Elle ne comprenait pas qu'on pût accomplir autrement l'œuvre de Dieu. — « Ma fille, écrivait-elle, nous ne ferons le