‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 153 sur 188 · LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

Être un autre Jésus-Christ pour mes sœurs, qui doivent Le retrouver dans leur supérieure. »

On peut juger par cet extrait du grand travail qui s'opérait dans cette âme.

Un sérieux esprit de foi, toujours progressant et s'ajoutant à sa clairvoyance naturelle accusait en elle l'action de la grâce. Plus rien ne lui était devenu possible sans la visée surnaturelle. C'était ce côté qui dominait.

Aussi bien V esprit de prière était comme son esprit propre. Nous avons assez remarqué, dès l'origine, le soin qu'elle avait de ne rien entreprendre, ni décider sans une oraison préparatoire. Cette sainte coutume avait tellement passé dans l'économie de sa vie que mère Saint-Maurice semblait ne plus même pouvoir penser sans prier. Ce fut sa grande force. Elle y trouva ce puissant ressort qui maintenait son zèle à la hauteur de sa mission et entretenait en son cœur ce parfait renoncement que Dieu demande aux instruments dont il daigne user pour sa gloire.

Une vertu si. éminente se signalait surtout sous le coup des épreuves que le Seigneur ne ménage point à ceux qu'il aime. S'agissait-il des souffrances du corps, comme celles qu'elle endura particulièrement en 1867 et en 1868, alors que la Congrégation tout entière dut supplier Dieu de lui laisser sa mère?

Celle-ci acceptait le bon plaisir divin, « ce cher bon plaisir » qui était l'objet de toutes ses ambitions. — « Je suis toujours souffrante, mais bien heureuse de « faire la volonté de mon Dieu » , écrivait-elle. — Fallait-il sentir son cœur se briser sous l'étreinte d'un chagrin amer, comme à la mort presque simultanée de deux de ses frères ; ou bien quand les vides se multipliaient dans sa famille de la Présentation ?

— « J'accepte tout du bon Maître » , mumurait-elle.

— Et, en semblables circonstances, a la première nouvelle d'un malheur, on l'a vue, par un premier mouvement, se redresser aussitôt de son siège, se jeter à genoux et s'écrier : — < Volonté très-sainte « de mon Dieu, je vous adore ! »

Quelle vertu que celle-là, quand à ce point elle domine la nature, jusqu'à réprimer son premier élan pour lui substituer celui de la foi et de l'abnégation!

Mais, voici ce qui est la vraie pierre de touche de la sainteté.

Porter sa croix, renoncer à la fortune, aux jouissances, aux consolations même: c'est fort bien, mais ce n'est pas tout. Abnegel semetipsum, a dit Notre-Seigneur. Il faut faire abnégation de soi, de son propre sens : voilà le difficile. Aussi l'humilité vraie est-elle la caractéristique de la vraie perfection. Constatons-la ici avec bonheur.

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