LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
Dans le parloir d'un Carmel, une prieure des filles de sainte Thérèse recevait, un jour, la visite de la mère Saint-Maurice. C'était au moment où celle-ci se disposait à faire un voyage au Canada. Rien, à coup sûr, ne pouvait être plus édifiant que le colloque de ces âmes. Mais voici que s'entendant remercier des prières qu'elle promettait, la carmélite se prend à exalter l'esprit de zèle qui animait son interlocutrice. Souffrant dans son humilité, la supérieure de la Présentation se met à son tour à louer pardessus tout l'esprit de sacrifice du Carmel. Et aussitôt entre la fille de Sainte-Thérèse et la fille de la vénérable mère Rivier se livre un combat singulier des plus touchants, dont l'humilité et la charité sont les célestes armes. Quel tournoi, digne des applaudissements des anges ! Mais enfin, désespérée de ne pouvoir vaincre son adversaire, mère Saint-Maurice se lève et se jette à genoux. La carmélite au même moment en avait fait autant. Elles se demandaient mutuellement la bénédiction que Jacob sollicitait de l'ange après sa lutte mystérieuse. Le ciel seul a pu savoir de quel côté était resté l'avantage.
Voulez-vous une scène plus intime ? C'était au second voyage que la supérieure générale fit au Canada. Dans l'une des communautés qu'elle visitait, mère Saint-Maurice est surprise, un jour, balayant
un coin fort vulgaire de la maison. — « Comment, « ma mère ! lui dit en se pâmant de surprise l'inno- « cente importune qui la dérangeait dans cet cm- « ploi, comment! vous ici'.... Oh! de grâce, donce nez-moi ce balai. » -»- « Eh quoi, répond la mère, « croyez-vous, ma fille, que je ne sais pas balayer?.. « Tenez, regardez !» — Et la voilà qui continue simplement ce qu'elle avait si simplement commencé.
Tout cela, dira-t-on, peut encore n'être qu'extérieur. Voici d'un seul trait la révélation du côté intérieur et par conséquent absolument sérieux de cette grande vertu.
Un jour, par un sentiment dont nous n'avons pas à rechercher le mobile, une sœur crut devoir répéter à la supérieure générale quelques paroles qui avaient été dites à son désavantage. Mère Saint-Maurice l'écoutait gravement, sans que la moindre impression se traduisît sur son visage. Puis, relevant la tête, elle la fait approcher, elle l'embrasse avec effusion et ajoute : — « Je ne suis pas surprise de tout « cela, car sœur Saint-Maurice est loin d'être im- « peccable. Hélas ! si Dieu n'agissait pour moi, que « vous seriez à plaindre d'être dirigées par une suce périeure si peu capable ! »
Tant de vertu se soutenait par une ardente et ten-