LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
sent ne sera pas long ; passez-le pour Dieu. Demain, vous en ferez autant. Mais, aidez-vous de la prière, soutien nécessaire de votre pauvre âme. Vous ne mettrez pas en vain votre espérance dans le Seigneur : ses grâces se mesureront a votre confiance. Ce bon Père nous secourt volontiers quand nous le prions avec un cœur bien abandonné à ses desseins et qui sait attendre avec calme l'heure que la Providence a marquée pour nous exaucer.
« Ces pensées de foi nous sont indiquées, d'une manière très pratique, dans le petit livre de Y Esprit de Foi que vous avez entre les mains et dans le directoire de nos saintes Règles ; méditons-les sérieusement pour nous en mieux pénétrer et en faire notre nourriture habituelle. Ainsi fortifiées, nous expérimenterons que le joug du divin Maître est doux et léger; nous saurons souffrir, en paix et par amour, les immolations quotidiennes que Dieu nous réserve, pour faire de chacune de vous une sainte. »
Les lignes. que Ton vient de lire peuvent être considérées comme le testament spirituel de la vénérée mère Saint -Maurice. C'est la dernière circulaire qu'elle adressa à la Congrégation.
A partir de cette heure, il semble que son regard s'est fixé sur la tombe et qu'elle se prépare, d'une
façon plus ou moins inconsciente, à une mort prochaine.
Le 1er janvier, à la maison-mère, elle exhorte les cœurs au courage, à l'acceptation de toutes les amertumes, à l'abandon au bon plaisir divin ; et sa parole embrasée remue et enflamme toutes les sœurs. Puis, elle donne à chacune une gravure, où le doigt de Dieu a, dirait-on, tracé tout exprès ces mots: — « J'aime jusqu'à ses coups ! Car le Seigneur est bon, même dans ses justices ; et son amour ne frappe que pour guérir. » — Qui se doutait alors de l'à-propos d'un semblable don?
Quelques jours après, on serait tenté de croire qu'elle se hâte d'accomplir tous ses plus chers désirs.
Elle fait ériger dans quinze de ses principales maisons la confrérie du Saint Rosaire. Ce rosaire ! Elle l'aimait tant ; elle l'avait si souvent fait réciter pour obtenir forces et lumières !
Après ce tribut payé a la Sainte Vierge, elle se tourne vers saint Joseph et le glorifie plus que jamais. En aucune autre année, le mois de mars ne fut, à son instigation, plus solennel et plus pieux au couvent de Bourg-Saint-Andéol.
Le jour même de la fête du saint, trois sœurs, doyennes de sa famille religieuse, célébraient le cin-